1 COUVERTURE

Richard Médioni fut rédacteur en chef de la célèbre

revue pour enfants « Pif Gadget ». En 2003 il publie «  Pif gadget, la véritable histoire, des origines à 1973 ».

Suite à cette publication des dizaines de lettres et de témoignages parviennent à Richard Médioni, notamment sur ce qui existait avant Pif, avant la revue "Vaillant" même... A partir de 2003, souhaitant aller au delà de son premier livre, Richard Medioni met en œuvre des recherches qui lui font comprendre que Pif et Vaillant, puisent leurs racines dans un ensemble de revues en bande dessinées, progressistes et laïques dont la plus ancienne remonte à 1901 !!  Avant Pif , il y avait Vaillant, avant Vaillant : « le jeune patriote », puis  « Mon camarade », puis « le jeune camarade » ect. C'est toute l'histoire de cette bande dessinée de gauche aux racines révolutionnaires, que nous dévoile Richard Médioni dans ce nouvel ouvrage de 560 pages très précis et richement illustré.

A travers l'histoire des revues dont il est question ici, nous parcourons un siècle d'Histoire sociale et culturelle à travers la bande dessinée pour enfants. La formidable aventure éditoriale qui s'en suit représente un morceau non négligeable de l'histoire même de la bande dessinée en France. Précisons tout de même que la moitié du nouveau livre de Médioni est consacrée quasiment à la seule revue "Pif gadget" (1969-1994), et se termine par la description expliquée en détails de la fin peu glorieuse des éditions Vaillant!

Bref résumé et morceaux choisis:

De 1901 à 1929 : les premiers journaux pour enfants issus de la gauche révolutionnaire:

 

Tout commence en 1901, bien avant la révolution d’octobre de Russie! En France ,face à la déferlante des illustrés catholiques, une

3 JP

revue destinée aux enfants des milieux populaires est créée. Il s'agit de la revue "Jean-Pierre", un

4 PB

bi-mensuel issu du monde ouvrier, syndical et intellectuel qui souhaite offrir aux enfants une revue véhiculant des idées progressistes et laïques. C'est une première!

"Contribuer puissamment à préparer une génération d'êtres humains au cerveau libre et au coeur droit..." Voici un résumé de l'esprit de la revue "Les petits bonshommes" qui fait suite à la revue "Jean Pierre" dont premier numéro parait le 1° janvier 1911! Créée par la ligue ouvrière de la protection de l'enfance, cette revue est proche du syndicalisme révolutionnaire de la C.G.T. La revue "les petits bonshommes" laisse une grande place à la science : mathématiques, astronomie, géographie... Il s'agit d'éduquer les enfants grace aux illustrés.

 

Mais on n'y parle pas d'Adam et d'Eve, car là aussi, il s'agit bel et bien de contrecarrer l'influence de l'église sur les enfants de l'époque! Les nombreux dessins humoristiques de cette revue traitent en majorité de l'inégalité sociale, mais sa partie6 JC bande dessinée reste cantonnée à l'humour!

En 1914, la revue, qui n'a jamais pu dépasser quelques milliers de lecteurs disparait, pour réapparaitre en 1922. Sa directrice en chef est militante du PCF

7 JC

créé en 1920 en France. La nouvelle formule obtient le soutient du puissant syndicat des instituteurs qui va contribuer à la faire décoler cette fois. Par ailleurs, le contexte à fortement changé et les journaux illustrés pour enfants se sont multipliés! Plus consensuel que la première formule, la nouvelle revue va réussir à se faire accepter par l'ensemble de la gauche laïque.

8 MCAprés 156 numéros, la revue disparait en 1926. Entre temps, est apparue  "le jeune camarade", éditée par la fédération nationales des jeunesses communistes. S'adressant au 8-14 ans, le ton est sans ambiguité pour ce nouveau périodique: " Il ne te racontera pas d'histoires de princes, de rois, de contes de fées qui sont des fantomes, mais au contraire il te parlera de choses que tu connais, de choses que tu as vues: de la vie à la maison, à l'école, de la vie de tes camarades de classe et celles de tes parents..."

La revue "le jeune camarade" durera jusqu'en 1929! Elle fait la propagande de l'Union soviétque et de ses réalisations ce qui en fait ni plus, ni moins qu'un journal de propagante au service de l'Union soviétique!


De 1933 à 1939 : "Mon camarade": une vraie revue de bande dessinée destinée aux enfants!

En juin 1933, le premier numéro parait dans un contexte international politique tendu : Hitler a pris le pouvoir en janvier, la crise économique frappe de plein fouet et le parti communiste français à durci sa ligne ce qui lui fait perdre un nombre considérable d'adhérents et de voix aux élections! De 1933 à 1939, 198 numéros seront publiés, passant de 16 pages à 53 au moment de son interdiction. La ligne éditoriale évoluera beaucoup! Voici le premier édito : " Mon camarade parait, il est destiné à tous les enfants d'ouvriers et de paysans! Les bourgeois éditent beaucoup de journaux pour enfants mais dans lesquels ils ne parlent pas de ce qui intéressent les gosses de prolétaires, ni de ce qui leur manque...Mais les gosses de prolétaires veulent savoir la vérité et c'est "Mon camarade" qui l'a leur apprendra, lui il ne vous cache rien..." (l'ensemble du texte est écrit par le rédacteur en chef qui n'est autre que Georges Sadoul).

 Tout au long de ses pages, ce journal mettra en avant la réalité sociale et économique. A parti du numéro 4, Georges Sadoul entame une série de reportages "comment les enfants vivent en France", qui au dire de Richard Médioni " donnera une image assez exacte de a lcondition ouvrière pendant ces années de récession".

 En 1936, "Mon camarade" devient hebdomadaire avec des pages en couleurs. La première BD réellement intéressante de la revue est publiée depuis 1935. il s'agit de la série "Pat'soum" par Rober Fuzier qui met en scène un génie invisible qui défend les ouvriers contre "leurs odieux patrons"! A partir de ce moment là, la BD va prendre une place de plus en plus prépondérante dans la revue qui se distingue de toutes les autres par sa condamnation totale du nazisme. 1937 : Westerns, Science-fiction, la revue s'améliore de plus en plus avec des séries comme "Jim

11 V diminuée

Mystère", mais aussi "le Rayon de la mort" et en 1938, "Fou volant", une série d'aviation réalisé par Roger Melliès et pour finir en 1939, peu avant l'interdiction de la revue : " Fred Hardi en l'an 2039" une autre série de science fiction "permettant de véhiculer des idées généreuses tout en faisant réver" comme l'écrit Richard Médioni.

La revue sera, tout comme les autres organes du PCF, interdite parle gouvernement français suite à la signature de pacte de non agression germano-soviétique! Désormais l'URSS est passée dans le camp ennemi et le PCF est hors la loi!

1945 à 1969 : de Vaillant au journal de Pif:

 Aprés des années de clandestinité , le premier numéro officiel du "Jeune patriote" est édité le 13 octobre 1944. Le tirage de cette revue politique, au origine de "Vaillant" sera limité à 19 000 exemplaires en raison de la pénurie de papier. Cette revue deviendra "Vaillant" le 1° juin 1945 : un titre pour concurrencer "Coeurs vaillants" une revue pour enfant d'obédiance catholique, avec à sa tête des résistants communistes.

Vaillant est un bi-mensuel, un grand format ( de 29X39 cm) de 8pages dont 4 en couleurs! Pour se procurer du papier il a fallu démontrer que le journal était dans la continutié des 30 premiers " Jeune patriote": ainsi le premier Vaillant porte le numéro 31!

La moitié de l'espace stconsacré à des textes, l'autre à la BD! Une des premières série est "Fifi, gars du maqui" qui présente la résistance de façon assez réaliste. C'est aussi une des première bourde lorsqu'on se rend compte que son auteur à aussi dessiné dans des journaux nazi et à craché sur la résistance dans "Zoubinette"! 12 V diminuée
Trés vite, autour du journal, un mouvement de jeunes est structuré :"Les vaillants et vaillantes"! il faut là aussi faire de la concurrence aux mouvements de jeunes catholiques "coeurs vaillants et âmes vaillantes de France". Ce mouvement des vaillants et vaillantes aura pour but de permettre à des jeunes, souvent issus de milieux défavorisés, de partir en vacances, de se cultiver (musées, théatre cinéma, visites d'usines), avec l'aide des municiplaités communistes.

En 1946, miraculé de la guerre d'Espagne puis des camps nazis, le génial Arnal ( père de Pif) fait une entrée remarquée dans Vaillant, avec sa Bd "Placid et Muzo"! Trés rapidement "Vaillant" se fait une réputation de revue de bande dessinée qui connait son sujet! Des jeunes auteurs, de nombreux talents commencent à affleur: Paul Gillon avec "Fils de Chine",  et Jean Claude Forest ( le futur dessinateur de Barbarella) font leur entrée au journal! En 1947, Gire y dessine le chef d'oeuvre de sa vie: "La pension Radicelle"

Pif le chien apparait d'abord dans "l'Huma" en 1948 en remplacement de Felix le chat ( l'américain). D'abord vagabond en recherche de pitence, toujours en conflit avec les autorités, il apparait comme un cabot des rues, sans domicile! Les personnages secondaires ne feront leur apparition qu'en 1949! Lorsque Pif est adopté par la famille Césarin, ses traits de caractères ne disparaissent pas! ais Pif le chien n'arrive dans Vaillant qu'en décembre 52! En 1954 arrive le célèbre "Arthur le fantome" de Jean Cézard. Jean Tabary, connu pour être le pêre de "Corinne et Jeannot" mais aussi d'"Iznogoud", fait quand à lui son entrée dans vaillant en 1956 avec "Richard et Charlie". Suive Godard, René Goscinny ( le père d'Astérix le gaulois)

La fin de Vaillant, la naissance de Pif gadget:

15 PG

Au début des années 60, la situation financière de Vaillant est loin d'être brillante. La revue, comme l'ensemble de la presse pour enfant, subit la concurrance d'un genre qui monte : le format de poche!! Le journal change de main, de gestion, essaie de s'adapter aux nouvelles demandes des lecteurs, sollicite l'aide du parti communiste! Une nouvele approche commerciale est mis en place avec la possibilité de se procurer des portes clefs ( peut-être le premier gadget) contre des preuves d'achats! En 1967 le journal est assainie mais les ventes sont retombées à 100 000 par semaine. Vailant n'est plus adapté à son époque! La dernière année du journal va ête en grande partie consacrée à la naissance de la relève: Pif Gadget

 
Pif gadget: la période rouge de 1969 à 1973 ( 239 premiers numéros ou le logo sur fond rouge barre toute la largeur de la page)

La revue "Vaillant" avait déjà proposé plusieurs fois à ses lecteurs des cadeaux récompensant leur fidélité ( buvards, portes-clés). Régulièrement "Vaillant" proposait à ses lecteurs des "bricolages", qui une fois adaptés, deviendront plus tard des gadgets dans la revue Pif. Il aura fallu 25 ans pour que l'idée murisse du "gadget" glissé systématiquement dans la revue jusqu'à devenir un concept! L'idée formelle du gadget vient d'André Limansky en 1968 " il faudrait qu'on

tristus_rigolus

mette dans le journal quelque chose de magique... Comme de la poudre...Comme un cachet... On l''arrose et alors , paf! ...Il pousse des fleurs". Le concept du gadget est né! Deux conceptions du gadget s'opposent à la rédaction. D'un coté les partisans du cadeau "bonus", de l'autre les partisans du gadget éducatif, leçon de chose, rubrique à part entière. C'est le mélange de ces deux conceptions qui donnera au journal Pif sa singularité!

Il manque alors plus qu'un héros pour porter la revue vers les sommets: c'est chose faite avec la naissance de "Rahan" le nouveau projet du scénariste Roger Lécureux qui a déjà fait les beaux jours de Vaillant avec ses autres séries. Le dessin de Rahan est confié par la rédaction à une pointure: André Cheret qui s'est fait remarqué notamment dans une série ou il fait sortir ses animaux et humains du cadre pour leur donner plus de relief ( un procédé que l'on retrouvera souvent dans Rahan).

RahanPage

Pour être rentable, Pif doit être vendu à 200 000 exemplaires. Le premier numéro est tiré à 300 000 exemplaires! Les enjeux sont importants, d'autant plus que l'augmentation entre Vaillant vendu 1,20 francs et Pif  vendu 2 francs est énorme! Compte tenu de l'absence de marge , en cas d'échec c'est la faillite immédiate. La rédaction ne se doute pas que dans quelques mois les ventes atteindront le milllion d'exemplaires, c'est la razzia sur les kiosques, le succès est immense!

De nombreux et excellents dessinateurs vont se succéder dans la revue: Jacques Kamb, le dessinateur de "Couik", Nicolaou qui reprendra "Placid et Muzo" et qui connaitra un succès colossal, Roger Mas sur "Pifou" puis "Léo...bête à part", Henri Crespi avec "Nestor" ( le prisonnier), Gotlib avec "Gai-Luron", Jen Tabary avec "Corinne et Jeannot", sans oublier "Corto Maltese" une série spécialement inventée par Hugo Prat pour la revue... Peu à peu, dés la fin des années 60 la bande dessinée commence à être enfin reconnue. Le mépris laisse peu à peu place à un intéret croissant envers ce mode d'expression. Pif avec Spirou, Pilote, tintin, Charlie Hebdo, a contribué indéniablement à ce changement de regard.

En 1973, André Médioni "Rédacteur en chef" , en désaccord avec l'orientation "marketing" que prend la revue donnera sa demission. En 73 une nouvelle équipe de rédaction est mise en place, petit à petit la revue change. D'anciennes séries sont arrétées, les gadgets sont de plus en plus mis en avant et bien sur de nouvelles PlancheA_172865séries, parfois excellentes, sont mises en place : "Supermatou" de Jean-Claude Poirier, "Taranis, fils de la Gaule" de Mora et Marcello, ect. En 1979 apparait la série "Léonard" de Bob de Groot. De 1981 à 85 la revue connaît des bouleversements en chaine avec une succesion incroyable de nouvelles formules, en douez ans on est passé de 500 000 vente par semaine à 235 000. Le contenu s'appauvri au fil des ans, de manière irrémédiable et en 1992, les ventes ne sont plus que de 80 000 par semaine. La première liquidation à lieu en 1992, suivi de plusieurs reprises et autres liquidations. Les archives finront dans un hangar à la campagne jusqu'à ce qu'un collectionneur mette la main dessus... La fin des éditions Vaillant est assez Sylvio le Grillon 2sordide par rapport à ses heures de gloires. Elle est par ailleurs cocommitante avec la fin du parti communiste en Europe. Pour Richard Médioni c'est une politique éditorial obsédé par l'idée de vendre qui aménera la chute de la revue. Reste l'aventure humaine, qui elle, a été exeptionelle.

 

Ce que j’en pense :

Au dela de la re-découverte des séries et des auteurs incroyables qui ont contribué à Vaillant et à Pif, ce livre de Richard Médioni  nous permet de connaître et comprendre l'histoire des revues à sensibilité de gauche qui étaient destinées aux enfants. Il dégage bien la cohérence de cet ensemble de publications s'inscrivant dans l'Histoire d'un siècle et bouclant une époque avec la disparition des éditions Vaillant en 1994. 

16 PG retaillé pour article pif

Richard Médioni se fait fort de replacer les publications dans leur contexte ! En lisant ce livre, on fait un voyage à travers la France de 1901 à 1994 en traversant pas mal d'évènements majeurs : luttes ouvrières, montée du nazisme, front populaire, Libération, luttes anti-colonialistes, mai 68, fin du communisme... En parallèle à la grande Histoire, Richard Médioni nous montre au fil des ans l'apparition et l'épanouissement de cette bande dessinée populaire.  C'est à la fois très éclairant, et passionnant !

Ce livre est une somme:  il parle (et parfois de manière très précise)  de l'histoire du communisme en France, il parle aussi de l'histoire de l'édition de gauche (ou progressiste)  pour les ouvrages destinés aux enfants, mais également c'est un livre qui raconte une formidable aventure éditoriale sur prés d'un siècle (avec la part belle fait aux années 60 jusqu'aux années 90 puisque cette époque occcupe la moitié du livre). Ce pavé est déjà une référence : 72 chapitres illustrés par 1150 documents sur 557 pages dont pas une seule n'est superflue!