14 mars 2009
La résurrection de Ra's Al Ghul
Editeur : Panini , dépot légal: Mars 2009
Auteurs : Morrison, Dini, Daniel, Kramer
Ce "bigbook" nous propose une "compilation" d'épisodes des aventures de Batman extraits de la revue " Detectives comics" publiés entre fin 2007 et début 2008 en VO aux USA.
Il met en scène un crossover entre Batman et Ra's al Ghul . Ra's al Guhl est une figure mythique des "super vilains".
C'est un homme presque immortel. En tout cas, il est en vie depuis de très nombreux siècles grâce au "puits de Lazare" qui contient une substance rajeunissante mais qui par ailleurs à le désavantage, pour ceux qui s'y plongent, de les rendre à moitié fou. Au cour des siècles Ra's al Ghul s'est bâti un empire criminel, son but étant plus ou moins de modeler la Terre à son image...
L'introduction nous apprend également que la fille de ce super criminel à conçu un enfant avec Batman dans ce qu'on pourrait appeler "un moment d'égarement". Cet enfant quasiment illégitime qui se prénomme Damian, va être le moteur du scénario . En effet, son grand père Ra's al guhl veut absolument le capturer car il a besoin de son corps. A la demande de sa mère (la fille de Ra's al Guhl et la maitresse de Batman), le " dark knight" appelé aussi ici "détective" va partir à la recherche de ce fils méconnu, enlevé par les sbires de Ra's al Guhl, pour tenter de l'arracher des griffes de la mort...
Mais pourquoi ce grand père quasi immortel veut-il voler le corps de son petit fils? Ra's al ghul n'est immortel qu'à moitié. Pour survivre aux siècles, cet esprit maléfique est obligé d'emprunter successivement des enveloppes charnelles et s'en servir comme vaisseau. Mais pour que la "greffe" de son esprit vers un nouveau corps fonctionne il faut que cette transmutation s'opère à travers le corps d'un de ses proches, sinon le corps hôte de Ra's al Guhl se transforme assez vite en une sorte de zombie purulent.
Évidemment, Ra's al gulh ne peut mourir, sa descendance est conçue pour accueillir son esprit le moment opportun...
Ce pitch de départ donne lieux évidemment à de nombreuses péripéties. Pour compliquer (un peu) les choses le propre père de Ra's al Guhl, un vieux sage maitre en arts martiaux (inutile de se demander quel est son age) est furieux des voix criminelles prises par son fils. Ce "père" haineux : "celui qu'on appel maitre" essai donc de son coté de détruire Ra's al Guhl. Il envoi ses combattants contre son propre fils depuis son repère:" la cité des eaux mouvantes" là même ou se trouve la fontaine de jouvence que cherche en vain Ra's al Guhl depuis des siècles. Quand à Ra's al Guhl il s'appuie lui sur une innombrable armée de fanatiques ninjas qu'il envoi enlever son petit fils Damian... Ces choix "familiaux" donnent bien sur lieu à des dizaines de combats farouches, parfois assez violents. Le suspens est maintenu par l'urgence de plus en plus pressante pour Ra's al Guhl de trouver un réceptacle physique. Ah oui j'oubliais un détail : mais que fait Batman là-dedans? Et bien il se bat, il meurt, il ressuscite et à la fin il sauve son fils évidemment!
Ce bigbook est donc un livre résolument tourné vers l'action. On notera les "combats de chefs" particulièrement réussis et contenant une dose tout à fait honnête de violence graphique entre Ra's al Guhl et Batman, mais aussi entre Ra's al Guhl et son propre père.
..Personnellement j'ai particulièrement apprécié les runs de Kramer au dessin.
09 mars 2009
Le journal de Soïchi
Auteur : Junji Ito
Editeur: Tonkam (dépôt légal février 2009)
Noir et Blanc
Soïchi, taciturne et anémique passe ses journées enfermé dans l'obscurité et la solitude de sa chambre. Il suce des clous avec pour excuse de se constituer des apports alimentaires en fer indispensables à sa santé, il a des clous pleins la bouche, en permanence... Loin, très loin des préoccupations des adolescents de son age il fuit la société, et en particulier la société féminine qu'il déteste par dessus tout.. Au fil des nouvelles qui constituent le " Journal de Soïchi" , Junji Ito va subtilement et très progressivement dévoiler la personnalité malsaine et ambigüe de Soïchi oscillant entre folie, malfaisance et pouvoirs sorciers... La très belle couverture de l'édition française résume bien à elle seule l'esprit de ce manga horrifique dévoilant au fil des pages une succession de sortilèges et d'illusions orchestrés par ce garçon malsain et manipulateur... L'auteur maitrise son scénario avec tact. Le malaise et le trouble s'installent très vite chez le lecteur et l'ambiguité subtilement entretenue ne fait place au fantastique avéré que vers la toute fin du journal de Soïchi.
Dans "le professeur vient chez Soïchi" et sa suite " le professeur de toile", Soïchi prend possession de ses victimes par un rite qui semble venir tout droit du Vaudou : les victimes sont vidées de leurs forces physiques et de leur conscience pour être remplacées par leur double en toile commandés à distance par le garçon. La dernière nouvelle : " l'anniverssaire de Soïchi" , en forme d'épilogue, introduit un personnage clé dans l'histoire: la grand-mère... Folle ou sorcière? Persuadée avant de disparaitre dans la nature que Soïchi avait un frère jumeaux qu'elle seule pouvait voir, elle revient chaque année à la même date sous la forme d'un spectre fêter l'anniversaire de son petit fils préféré en compagnie de son frère "invisible". Son fantôme hante les rêves de Michi la cousine de Soïchi née un an plus tôt que lui, jour pour jour...
01 mars 2009
Je tuerai encore Billy the Kid
Editions Clair de Lune, dépôt légal : novembre 2008
Textes : Roberto Recchioni
Dessin : Ricardo Burchielli, Cristiano Cucina, Werther
Dell’Edera, Roberto Recchioni (encrage chapitre2), Massimo Carnevale
(couverture).
Western spaghetti crépusculaire et fantastique en noir et
blanc comme seuls les italiens savent en créer, « Je tuerai encore Billy
the Kid » se donne des airs de BD
d’exploitation, mais se révèle un pur et intelligent western politique aux
accents bibliques (rien que ça)!!!
Si le scénario fait appel aux codes classiques du
western ( poursuites, trahisons en série, lutte à mort pour une femme) ,c’est
le contexte dans lequel évoluent Pat Garret et Billy the Kid qui est tout à fait
inhabituel. 
Rappel : A la demande du puissant éleveur Chisum, Pat Garret avait tué
Billy the Kid d’une balle dans le dos. Rongé par le remords on lui demande
pourtant de recommencer une seconde fois !!! En effet, le Kid, fraichement
déterré, est revenu d’entre les morts sous la forme d’un zombie (intelligent) et lève une armée de non-morts depuis le Mexique afin de marcher
sur les Etats-Unis d'Amérique!...
L’Ouest de Roberto Recchioni est sauvage, les femmes y sont
des catins battues et souvent violées et les hommes des brutes psychopathes
prêts à tout pour se livrer à leur vice. Le désert est peuplé de zombies
affamés mais les vivants habitués à cette
situation s’accommodent de cette
épidémie en essayant « d’apprivoiser » ces non morts pour les
exploiter au travail : n’est-ce pas là l’origine même des zombies ? Billy the Kid en non mort rebelle fait figure
de guide et de héros révolutionnaire pour ce peuple d’affamés miséreux comparés
aux mexicains des temps modernes qui cherchent à tout prix à franchir la
frontière des USA… La fin est particulièrement brutale et réussie. A découvrir
absolument.
Frères d'armes (Cachemire, Kerala)
Casterman, dépôt légal
janvier 2009
22 février 2009
Ma mère était une trés belle femme
Editions ça et là 2007 pour l'édition française.
"Ma mère était une très belle femme ", BD autobiographique, écrite comme un besoin de témoigner... L'histoire commence dans un aéroport, à la descente de l'avion. Après plusieurs années en Europe, Karlien de Villiers revient au Cap et nous plongeons avec elle dans ses souvenirs et son passé de petite fille blanche au moment des prémices de la fin du "règne Afrikaners".
Pelle-mêle ses souvenirs familiaux et personnels sont subtilement mis en abime avec l'histoire immédiate de son pays. Le mot "implosion" résume parfaitement cette histoire :entre divorce et fin d'une époque. Au delà de la solitude d'une enfant livrée à elle même le témoignage de l'auteur est celui de la chute, de la perte de maitrise, de l'accélération de la violence.
L'auteur ne se venge pas, mais ne fait pas non plus de
compromis avec ses souvenirs. Cette BD, sorte de deuil nécessaire, est aussi le
rappel d'une histoire, d'une culture que tout le monde à
voulu gommer depuis lors. Au delà de l'histoire personnelle on assiste à une réflexion sur les conséquences d'un naufrage politique et culturel. Cette décadence nous revoit d'ailleurs à notre
propre histoire coloniale. Toute l'Afrique du sud décrite n'est que compromis
illusoire, situation précaire. Rien, désormais ne semble plus tangible pour une population blanche Afrikaners qui me rappelle la situation des colons français au moment de la fin de l'Algérie française : l'écroulement d'un leurre entretenu contre vents et marées.
Sa mère meurt d'un cancer, son père s'enferme dans le déni, et lorsque la narratrice revient au pays après de longues années d'absence sa sœur qui est restée elle est devenue toxicomane...
Graphiquement la BD est très soignée. Malgré le sujet introspectif la géographie est très présente. L'Afrique du sud est mise en lumière et il en ressort un coté exotique très plaisant et très bien traité. (comme dans les BD de Joe Daly). On ne sait pas
vraiment ou on se trouve dans ces paysages, on hésite entre la
Californie, l'Australie, l'Afrique australe peut-être?
Ma mère était une trés belle femme est à lire absolument!
09 février 2009
Rats et chiens
Auteur : Conrad Botes (Afrique du sud)
Editeur : Cornélius, collection Solange ( dépot légal janvier 2009)
La BD indépendante sud africaine est à l'honneur en ce début d'année puisqu'on assiste à trois sorties, le livre de Conrad Botes édité par Cornélius mais aussi un nouvel ouvrage de Joe Daly et à une anthologie de Bittercomix parus à l'Association.
Rats et chiens présente une sélection de cinq histoires: "le chacal et le corbeau" dans laquelle un paysan cruel subit la malédiction d'un corbeau qui venge un chien de la cruauté de son maitre. Cette première histoire est suivie par "Cain et Abel", trés fantastique et fantasmatique adaptation d'une parabole biblique. Suit ensuite "Esau et Jacob" ou deux frères, l'un noir et l'autre blanc vont se battre à mort pour un héritage synonyme de mariage. vient ensuite "Dieu et Rats", chemin de Damas et vaine tentative de révolte contre la toute puissance divine et enfin "Histoire pour les enfants", conte noir sur la solitude et le nihilisme.
Outre les thèmes liés à l'apartheid et à la religion chrétienne, ce qui frappe chez Conrad Botes c'est avant tout son langage graphique: simple, beau et très efficace. On est proche du monde sémantique de l'underground américain avec des attitudes et des regards qui me rappellent Daniel Clowes même si le trait est volontairement plus grossier ici, mais également à Charles Burns. Néanmoins, au delà de cette sphère graphique, l'auteur arrive parfaitement à se dégager et témoigne d'un style propre à très très forte personnalité. Ici le noir et blanc est parfaitement compris et optimisé. Le dessin est totalement voué à l'efficacité, au mouvement, à la fuite, à la précipitation. Le peu de dialogue et les thèmes violents provoquent ensemble une impression d'accélération incontrôlée, incontrôlable, et c'est aussi dans ce subtil dosage que l'on découvre tout le talent de Conrad Botes.
Violence aveugle entre les hommes, les races, aveuglement, endoctrinement, solitude et misère sexuelle, affective...Le ton est pessimiste et implacable : les hommes aveuglés par leur colère subissent toujours le retour de la folie de leur violence. Conrad Botes place ses histoires entre messianisme et fantasme, entre réalité et cauchemar, martyr et exorcisme. On en voudrait encore, malheureusement cela s'arrète trop vite.
03 décembre 2008
Bottomless Belly Button
La famille "Loony" se regroupe dans la maison familiale pour la dernière fois! Les parents viennent d'annoncer à
leurs enfants qu'après quarante ans de mariage ils divorçaient. L'auteur
va passer en revue chaque membre
de la famille mélangeant enfance, vie
d'adulte, doutes, souvenirs, etc... Et réaction par rapport à la
situation présente, drame pour les uns, indifférence feinte ou réelle
pour les autres.
Cette habile série de portraits donne corps et épaisseur au récit. Celui qui m'a semblé être le plus fouillé par Dash Shaw est le fils ainé de la famille Loony: un jeune papa que l'annonce du divorce plonge dans un état de choc qui va partir explorer les recoins cachés de cette maison
aménagée et construite comme un rébus avec ses clefs secrètes, ses faux
plafonds,ses couloirs dérobés et ses boites à souvenir à la recherche
du sens de la vie de ses parents et du pourquoi de ce divorce de deux
vieillards qui ne peuvent raisonnablement plus avoir le temps pour
grand chose...
C'est culturellement un peu trop américain à mon gout, au sens cliché du terme (déclinaison systématique autour de l'espace familial et de ses valeurs). Le traitement de certains personnages à la psychologie à peine effleurée reste superficiel, et le scénario par moments tangue et divague et arrive à se perdre lui aussi dans le labyrinthe de la maison...Néanmoins , la lenteur de l'histoire donne l'agréable sensation au lecteur de vivre l'histoire en temps réel. La lecture est nourrie par une approche très personnelle du problème : différents points de vue sur la famille apparaissent et font ressortir la tension entre sacrifice et épanouissement individuel, le sujet même de cette BD. Finalement la Katharcis qui nait autour de cette réunion familiale se transforme en rite de passage pour les personnages.
28 novembre 2008
Étoile du Chagrin
Étoile du Chagrin de Kazimir Strzepek chez ça et là éditeur 2008.
Cette petite BD américaine en noir et blanc qui à priori présente des airs de BD indépendante plutôt intimiste et underground se révèle être un produit "grunge" et très original qui, au fil des pages, dévoile un scénario totalement SF post apocalyptique... Strzepek a créé un monde original peuplé de mutants mi-animaux, mi-humains aux sympathiques minois "nipponisant" à la fois félin, reptile et lutin...
L'histoire démarre au moment ou une comète passant bien trop prés de la planète cause un cataclysme qui boulverse tout, la civilisation est ruinée, le chaos s'installe. Les personnages de l'étoile du chagrin en proie au doute, au chagrin et à la folie tentent, donc par petits groupes ou en solitaire de survivre dans un monde livré à la ruine technologique et à la violence anarchique des bandes armées. Les deux héros (sur la couverture) errent à la recherche d'un peu de nourriture avec le vague espoir de retrouver leurs proches disparus. Dans l'Etoile du chagrin, même avec des armes rudimentaires (épées, ciseaux, etc...) chaque rencontre est prétexte à un déchainement de violence aveugle. Il y a bien sur des méchants sans pitié face aux gentils assez démunis, il y a des corbeaux anthropomorphes experts dans l'art du combat qui découpent les têtes avec du fil à couper le beurre, il y a un justicier solitaire perdu dans le désert, des règlements de comptes,des rêves de vengeance, etc... Ainsi "Etoile du chagrin" est parfois glauque, bourré d'action et ce tome 1 qui pose le décor et les personnages nous laisse un peu sur notre faim, en espérant que le scénario tienne toutes ses promesses dans le second volet à paraître...
18 novembre 2008
Les bonnes manières d'hier et d'aujourd'hui
Les bonnes manières d'hier et d'aujourd'hui, traité du savoir vivre en
certaines occasions choisies.(collectif paru chez Actes sud-l'An2 en
juin 2008).
La BD forme un ensemble d'histoires courtes qui sont autant de scènes
de la vie de tout les jours, de celles qu'on est amené à voir, à subir,
à vivre et qui laissent apparaitre le savoir-vivre (ou plus souvent
l'absence de savoir-vivre) de nos contemporains entre eux. L'ensemble
forme un tout très cohérent, équilibré, hyper original et rempli de
noms prestigieux de la BD indépendante. J'ai préféré les histoires de
Natacha Sicaud : les bonnes manières dans le métro , "Les bonnes
manières au téléphone" de Ludovic Debeurme, "la première visite aux
beaux-parents" d'Antony Pastor, ainsi que l'histoire de Baudoin
(toujours aussi efficace et personnel).
Graphiquement c'est à chaque fois du noir et blanc rehaussé de rouge et
de rose, cela donne une cohérence graphique à l'ensemble ou tous les styles sont mis en valeur.
03 novembre 2008
Rock'n roll life
Auteur: Bruce Paley et Carol Swain
Editeur: ça et là, 2008
Roman graphique autobio témoignage de ce que fut la "beat generation" à travers des morceaux de vie de Bruce Paley sur les routes américaines.
L'auteur se met en scène à travers une suite de petites aventures à la saveur et au ton ultra réaliste qui commencent
dans les années 60 lorsque le jeune Bruce décide prendre la route (ou plutot de s'enfuir) avec sa petite copine de 16 ans vers la Californie avec 20 dollars en poche. Cette BD est un voyage qui finit à Londres presque 20 ans plus tard en peine période Punk. Le narrateur nous dresse un portrait de l'Amérique des seventies à travers les
mouvements hippies, la guerre du vietnam (à laquelle il échappe), la
drogue, les filles, ect... Une BD qui ravira à coup sur les fans
d'Easy rider et de Jack Kérouac.
Histoire dans l'histoire, Bruce Paley , à un moment de sa vie recherche désespérement en librairie d'un des romans de Kérouac qui semble le fuir : 'Tristessa'. Lorsqu'il le trouve par hasard quelques années plus tard, il s'empresse bien sur de l'acheter mais au lieu de le lire il le range sur les étagères. Son envie est morte d'ou sa citation de Thomas Wolfe: "On ne peu pas retourner chez soi". Sorte de parabole qui définie assez bien ce que cherche à nous démontrer Bruce Paley...
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