28 juin 2008
Batman & the monster men
Editeur: Panini comics (collection DC heroes)
Auteur: Matt Wagner
Ce Batman au titre alléchant met en scène un affrontement à 3 entre Batman, la pègre de Gotham et le professeur Strange! Les monstres contre lesquel Batman va se battre sont en fait les créatures élaborées à partir d'humains achetés par le professeur Strange, aigri, colérique, et contrarié par le corps malingre que la nature lui à donné. Le but poursuivi par ce "savant fou" est de construire un corps parfait, une créature qui sera enfin capable d'asouvir tous ses désirs de puissance et le cas échéant de détruire Batman...
Pour se proccurer ses sujets d'expériences, Stange les "achète" au personnel peu scrupuleux d'un asile d'aliénés. En effet, sans le sou depuis qu'il s'est fait exclure du corps enseignants à cause des son manque d'éthique scientfique cet ancien professeur de psychiatrie de l'université de Gotham est obligé d'emprunter à un certain Maroni, cador de la pègre local, afin de poursuivre ses couteuses investigations.
Strange libère un de ses monstre et le lache sur un tripot de gangsters afin de voler le butin et de rembourser ses dettes au parrain local. Matt Wagner sous propose alors une créature puante, une sorte de géant inarrétable qui à la particularité d'arracher les membres des humains et de les dévorer. L'effet est assez gore. Au cours du récit, Batman devra combattre plusieurs de ces monstres, puis également un "nouveau", différent, encore plus parfait, qui aura été créé à partir de son propre ADN prélevé sur le sang laissé au bout d'une fléchette époisonnée...
Le scénario assez stérile de cette aventure patine dés le départ et fini par se perdre dans des histoires de réglements de comptes et de remboursements de dettes qui deviennent son unique raison d'être. Matt Wagner n'hésite pas à employer de grosses ficelles pour arriver jusqu'au bout de son scénario. Batman est traité comme un play-boy sans la moindre trace des tensions psychologiques qui font d'habitude le sel de ce super-héro. Le dessin, à part quelques passages d'actions soutenus par une bonne colorisation et assez grossier, surtout lorsqu'il s'agit de dessiner des visages. Un Batman à laisser aux inconditionnels.
ma note: 4,5/10
24 juin 2008
Planète Hulk 1/2
Editeur: Marvel-Panini comics 2007
Scénario: Grag Pak; Peter David
Dessin: Carlo Pagulayan; Aaron Lopresti; Jae Lee; Juan Santacruz; Michael Avon Deming; Marshall Rogers; Alex Nino
Véritable saga de science-fiction, ce premier volume de Planète Hulk se compose de 9 chapitres (197 pages quand même) auxquelles il faut rajouter 2 histoires inédites ("Chère Tricia" et "Vert solitaire") "add on" sans rapport avec l'histoire.
Planete Hulk est un exercice de style, un crossover géant sur fond de guerre
de civilisations extra-terrestre dans lequel s'affrontent ou se retrouvent des super-Héros, en exil et déchus pour la plupart...
Au commencement, Hulk qui faisait des siennes sur Terre à été envoyé en exil forcé dans l'espace "à l'insu de son plein grés" pour atterrir sur une planète qui devait
être sauvage et déserte afin qu'il puisse y évoluer en toute innocence parmis les animaux et les plantes jusqu'à la fin de sa vie, tel un "Vendredi"... Quand Hulk se rend compte de cette duperie, alors qu'il se trouve encore dans le vaisseau spacial qui doit l'y conduire, le verdatre pique une grosse colère, détruit du même coup son embarcation et va finalement s'écraser dans un tourbillon de débris sur une toute autre planète... Une planète pleine de créatures belliqueuses, vicieuses, de conflits d'intérets, gouvernée de main de maître par un tiran, ect...
Dés son crash Hulk, repéré, capturé par les guerriers de l'empereur est "pucé" pour être gardé comme monstre
de foire, phénomène affreux qui devra d'une manière ou d'une autre se mettre au service de l'empereur. Précisons que cette puce est greffée sur le torse d'à peu prés tout ce qui marche ou vol sur cette planète. Cette puce télécommandable à distance influe sur le système nerveux et provoque de grosses décharges électriques à qui n'obéit pas : c'est la clef de voute de contrôle de l'empereur sur ses ouialles, outil grace auquel il tranforme tous les habitants en "esclaves" neutralisés.
"L'empereur rouge" tient ainsi en respect plusieurs civilisations disparates et exangues cherchant mollement à
s'émanciper: les "natifs", peuples et races composés d'humanoïdes, mais aussi d'insectes que l'on "déruche"... Malgré lui, Hulk va être entrainé dans des conflits incroyables ou on tentera avec acharnement de le détruire en vain: on lui lache aux fesses des araignées mutantes géantes qui dégeulent de la lave, des aliens volants et vicieux aux dents ascérées, une bombe thermique, ainsi que le redoutable Silver surfer, "pucé" et sous contôle lui aussi... D'abord enrolé en tant que gladiateur, Hulk passera finalement une alliance secrète avec ses compagnons d'infortune afin de réverser l'empereur, mais ça ne sera pas simple...
Ce qui est passionnant dans planète Hulk c'est d'une part le traitement "mythologique", ainsi que l'aspect trés "péplum" de la BD puisque Hulk et ses
accolytes sont obligés de jouer les gladiateurs pour survivre...C'est également un pur bonheur visuel, archi coloré, bourré d'action et on ne s'ennuie pas une seconde en 200 pages!
ma note: 8,5/10 (pour le concept)
23 juin 2008
Batman: secrets
Editeur: Panini comics 2007 ( Dc comics 2006 pour l'édition originale)
Auteur et illustrateur: Sam Kieth
Ce Batman au scénario à plusieurs bandes propose une réflexion sur le monde de l'information, la consommation effrainée d'images et sur la puissance manipulatrice des médias. Il explore aussi les liens qui unissent Batman au Joker et lève également le voile sur un secret d'enfance du héros le plus tourmenté du panthéon du comic-strip, d'ou son titre: Batman secrets!
Le Joker fraichement sorti de prison
vient d'écrire un pamphlet sur sa vie passée en forme de méa-culpa. Il va jouer et s'appuyer sur sa nouvelle image de repenti afin de mieux piéger Batman... Aprés avoir abattu la psychologue qui l'avait blanchi devant le tribunal, le Joker arrive à se faire photographier en pleine lutte avec Batman sur un toi et s'arrange pour exploiter un cliché ou il semble être agressé . Il va, crescendo, exploiter à fond ce filon par différents montages photos morbides (pas franchement originale) afin de faire passer Batman pour le scélérat et lui la victime.
Ce Batman
est dominé par la tension psychologique, la torture mentale ainsi que la complicité (feinte) entre Batman et son principal ennemi. Mais pour moi l'intéret de cet épisode réside essentiellement dans son graphisme délirant aux couleurs hystériques beaucoup plus narratives que ce que propose l'exercice scénaristique somme
toute trés conventionnel.
A travers son dessin Sam Kieth revisite en profondeur la psychologie les deux personnages et s'applique à révéler toute la démence du Joker par des portraits tous plus délirants les uns que les autres. Un autre atout non négligeable de cette Bd est la liberté formelle prise par le dessin sur le déroulement du scénario case par case. J'ai particulièrement apprécié les dessins qui prenant toute la page sont faussement coupés par des cases qui n'en sont pas vraiment. Ce découpage va trés loin puisqu'il se confont par moment avec le dessin pour participer à l'expression de la démence du Joker... qui finit comme chacun sait en camisole!
ma note: 7/10 (pour le dessin)
19 juin 2008
Batman Gotham county line - Outre tombe
Editeur: Panini comics 2007
Scénario: Steve Niles
Dessin: Scott Hampton
Couleurs: José Villarrubia
Quand le sérial killer débusqué se suicide devant Batman et quand il se relève d'entre les morts à la morgue, l'histoire, magnifiquement servie par le dessin sublime de Scott Hampton et trés intelligement coloriée par José Villarrubia, prend un tour résolument morbide. Batman est plongé
dans un "pli temporel", un " territoire des morts" dans lequel il va pouvoir compter sur les talents de " Deadman" ainsi que sur " phantom stranger". Ces deux super-héros obscurs le conduiront progressivement à la rencontre de ses propres parents, ses "bons" souvenirs pouvant seuls, finalement, désarmer "le vilain" Radmuller auquel la haine de Batman donne l'énergie de commander une véritable armée de zombies...
En prise aux folies meurtrières et obsessionnelles d'un flic à la fois
sérial killer et "magicien", Batman va évoluer entre deux eaux, dans
une dimension dont il aura beaucoup de mal à décrypter la clef de
sortie, cachée au coeur ses souvenirs refoulés.
L'histoire joue en
effet sur deux dimensions parallèles: une dimension introspective (tout
pourrait se passer en 5 secondes dans l'esprit de Batman) et une autre
plus "tangible" même si elle est résolument
fantastico-horrifique! Le
tout s'appuyant habilement sur un récit linéaire qui fait que la
lecture fonctionne bien sur au premier degré.
Cet épisode apporte sa petite touche philosophico-mystique en évoquant la puissance et le "pouvoir magique" de la forme du souvenir des morts. C'est la morbidité du souvenir de Batman qui bloque l'âme de ses parents dans les lymbes... "Deadman" ou " docteur Deadman" pourrait-on dire avec humour, n'a de cesse de supplier Batman "d'ouvrir son esprit" afin d'évacuer le souvenir douloureux de leur mort violente et éliminer cette culpabilité pour se libérer à son tour de cette morbidité!
ma note: 8/10
16 juin 2008
WE3
Editeur: Panini Comics
Auteur: Grant Morrison et Frank Quitely
Des animaux domestiques volés à leurs propriètaires font l'objet d'une expériece militaire secrète. L'objectif est de remplacer à
terme les soldats "humains" sur les champs de batailles par des "animaux" améliorés et transformés en machines à tuer hyper performantes. We3, comprendre " nous trois" est l'histoire de trois braves bêtes, un chien, un chat et un lapin à qui on a greffé à chacun une sorte d'armure bourrée d'armes destructices intégrées. On leur a aussi greffé des puces électroniques
pour coordonner l'ensemble et bien sur ils sont gavés de
médocs pour tenir le coup!
Un sénateur américain proche du gouvernement et méfiant vis à vis des possibles retombées négatives d'une telle expérience si elle venait à être connue décide d'y mettre fin. Il faut vite désactiver (c'est à dire tuer) les trois animaux. La fille du labo militaire qui s'en occupait jusque là craque nerveusement et
décide contre toute attente de libérer les animaux dans la nature tel quels (avec leur équipement meurtrier) au lieu de les piquer.
Il faut absolument récupérer et détruire les WE3, la chasse à l'animal commence en hélico de combat!
Ames sensibles s'abtenir We3 est du vrai cyber punk pessimiste, violent et sanglant! Pour arriver à bout des animaux les militaires impuissants avec des armes conventionnelles vont finalement être obligés
de lacher prématurement dans la nature le redoutable We4, bati lui
aussi à partir d'un animal génétiquement modifié, mais beaucoup plus féroce!...
ma note: 8,5/10
Superman & Madman Hullabaloo
Auteur: Mike Allred
Superman & madman est un crossover délirant. C'est d'ailleurs pour cela que je l'ai lu jusqu'au bout.
Est-ce un Comic contemporain? Il est en tout les cas annoncé comme tel, mais c'est à vérifier car wetta est spécialiste des reprises et des publication bis oubliées du plus grand nombre.
Ce Superman versus Madman est un crossover au scénario assez foisonnant et confu
qui passe en revu pas mal de clichés de la SF des années 50 et des
super héros (c'est le bon coté de la BD d'aileurs)... ça ressemble plus
à un BD "punk" qui traite à la fois de manière classique les super
héros mais qui introduit dans la BD des éléments légèrement subversifs
et un graphisme pop:
Madman lui est un pathétique super héros qui
évolue dans une dimension inférieure et qui lors d'un telescopage
"trans-dimentionnel" avec Superman se mélange avec lui et lui pique une
partie de ses pouvoirs (et aussi un peu sa meuf)... Bref ça part sur de
bonnes intentions mais finalement ça n'accouche pas de grand chose!
in
fine, une nouvelle publication Wetta qui jusque là m'a habitué à des
gentilles BD mal dessinées et mal scénarisées... Ici le graphisme est
parfois arty, madman est bien traité mais : attention, imprimé en chine
et rendu global assez dégueulasse: trés sombre, parfois à la limite du
flou (c'est assez inégal d'une page à l'autre)
ma note: 5,5 /10
08 juin 2008
Billy Wild : Mais ou est donc Linus?
Titre : Billy Wild
Editeur: Akileos, 2006
Billy Wild, divine surprise dans le monde du Western, hyper graphique, traité dans un noir et blanc cinglant, ultra précis et possédant un graphisme à trés forte personnalité tape d'entrée trés trés fort dans les deux mammelles inséparables de la BD: le scénario et le dessin...
Une fusillade devant un saloon...Billy Wild vient de "descendre" coup sur coup trois frappes de l'ouest. De retour dans sa chambre aprés avoir bu à une flasque une balle tombe au sol, comme par enchantement la vilaine plaie qu'il avait au ventre se referme et le sang s'arrête de couler sur le plancher!
Flash back: Billy Wild endosse le rôle du narrateur afin de nous conter sa vie: l'histoire d'un jeune "red neck" perdu au fin fond de l'ouest américain seul avec sa veuve de mère...Garçon désoeuvré, taciturne et persécuté par les autres adolescents Billy s'entraine au tire au lance pierre. C'est alors qu'il est répéré par l'inquiétant Linus dissimulé derrière un arbre. Linus, un bonimenteur ambulant, vendeur de potions miracles qui va prendre le jeune Billy sous son aile et en faire son féroce "protecteur"... Billy Wild, obligé de s'enfuir avec son mentor, va trés vite réaliser que ce personnage n'est pas un charlatan mais au contraire quelqu'un de beaucoup plus inquiétant, sombre et puissant qui fera de lui un criminel "immortel", une légende de l'ouest, jusqu'au jour ou...
Aprés le trés beau et trés amusant "Gus" de Christophe Blain et en attendant la VF de "Loveless" de Brian Azarello Billy Wild donne un souffle nouveau au Western crépusculaire et fantastique...
ma note : 9/10
08 février 2008
Gas Flower
Editions : Le dernier Cri, mai 2002
Auteur : Scott Batty
Gas flower est un petit objet imprimé de 7X10 centimètres, un livre minuscule, mais relativement épais. Déviant et morbide, Gas Flower est idéalement fabriqué pour être feuilleté en douce, en voyeur dissimulé et attentif. Ce porte-folio multiplie de manière frontale et rapprochée des dizaines de portraits redessinés et transformés. Dans leur majorité, ces portraits évoquent des cadavres, ou bien des visions cauchemardesques, comme des flashs emprunts de folie morbide et sexuelle. Cette revue sans texte ni histoire explicite nous offre des montages esthétiques trés élaborés dont le matériaux de base est composé de photos de presse. On imaginent aisement des photos de malades, de grands brulés, de déments, de mort
s, de femmes et d'hommes dissimulés derrières des masques aux expressions ambigues. Ces visages s'inscrivent la plupart du temps dans un ovale blafard qui dissimule la peau pour ne laisser apparaitre que les yeux et la bouche qui peuvent être vides, assimilés à des orrifices béants et creux laissant présager la mort ou la folie. Nous sommes dévisagés par nos peurs les plus profondes, par l'expression de la perte totale de contrôle et l'expression d'une sauvagerie psychologique totale. La succession de portraits est parfois enrichie par quelques éléments incongrus en trompe l'oeil : un christ, l'accouchement d'un crane ou bien des photos au materiau pornographique. Malgrés cette violence visuelle la "lecture" de Gas Flower n'est pas pénible, bien au contraire. Cette galerie s'avère ludique, car finalement tout est vrai et rien n'est vrai dans tout cela. On cherche à retrouver le visage nu et vivant sous la peinture, l'expression d'un regard, comprendre l'articulation de ces assemblages et enfin à déterminer la part du document et de la transformation.
Dans sa préface à G
as Flower, Pacôme Thiellement nous présente son auteur Scott Batty . Cet artiste poète, performer et peintre est arrivée à la peinture suite à une rencontre avec l'oeuvre de l'américain Rothko. Précisons que Rothko est connu pour ses recherches picturales et son mouvement le "colorfield painting". L'objectif du " colorfield painting" est de libérer la couleur de ses
premières fonctions localisantes et
figuratives afin qu'elle se suffise à elle
même. Ainsi toute figuration est exclue, et l'oeuvre fait
abstraction de la forme pour mener à une phase méditative (l'aspect spirituel est essentiel). Pâcome Thiellement souligne également dans sa préface que c'est bien cette dimension méditative et spirituelle ,la "puissance de l'image à engendrer des mondes" qui ont séduit Scoot Batty chez Rothko, dimension qu'il transpose à travers son travail de collage et de techniques mixtes.
Sans doute pour signifier le symbolisme brut que recele l'art de Scott Batty, Pâcome Thiellement établit également un parallélisme symbolique entre sa démarche et la pensée magique des haoukas du
Ghana. Les haoukas sont les membres d'une secte africaine qui pratique des transes de possessions trés connues, notamment, grace aux films de Jean Rouch. Dans ces transes les haoukas élaborent et inventent de nouveaux Dieux. Les portraits de Scott Betty, proches de la transe et de la possession dessinent aussi à leur manière un nouveau panthéon et figurent aussi une certaine prise de pouvoir de l'inconscient sur le conscient et le réel. Cet art figuratif fait tout simplement figure d'art brut moderne en lien avec de nouvelles forces et figures mythologiques en constante évolution.
27 janvier 2008
Bebe 2000
Editeur : l'Association 2006
Auteur: Caroline Sury
Langue : Français
ISBN: 2-84414-200-1
Caroline et Pakito travaillent en couple aux éditions du Dernier Cri, la fameuse maison d'édition alternative de Marseille. Ils paufinent ensemble la sortie de leur dernier titre "Metalwar" lorque Caroline craque et avoue à Pakito un secret épuisant qu'elle garde depuis quatre mois: ils vont avoir un enfant! Cette nouvelle provoque une crise ouverte au sein du couple...
Sur un ton autobiographique et confidentiel Valérie Sury nous livre une expérience trés personnelle et assez inédite en bande dessinée: "Bébé2000" est l'histoire, au jour le jour, d'une grossesse dessinée (l'histoire prend fin quelques temps aprés l'accouchement). A travers le prisme de sa vision d'artiste, le dessin conduit une réflexion assez féministe sur une expérience à priori banale mais essentielle dans la vie d'une femme. C'est aussi l'occasion de traiter avec pas mal d'humour
le bouleversement d'un couple par l'arrivée d'un enfant non planifié!
Au départ L'auteur traite les difficultés rencontrées dans son couple, puis dans sa vie professionnelle. Le personnage principal va devoir se transformer en araignée venimeuse, puis en char d'assaut pour arriver à imposer son point de vue et faire accepter son choix de porter un enfant. Elle va devoir aussi laisser un temps de coté sa vie professionnelle aprés être allée au delà de ce qui est physiquement supportable pour son corps et l'enfant qu'elle porte. Cette histoire autobiographique nous donne aussi un trés bref aperçu de l'ambiance d'une maternité au sein d'un hopital public à Marseille (vision de cauchemar pour l'auteur qui stigmatise et caricature la beauferie des patients comme des soignants). Malgrés le dessin trés stylisé et violent de C. Sury, cette histoire trés chronologique, assez terre à terre à du mal à sublimer la banalité de son sujet. Puisqu'il ne se passe rien ou presque, le lecteur à droit à tous les détails du quotidien d'une femme enceinte sous surveillance hospitalière. Du monitoring en passant par la perfusion et
les voisines de chambres... Ce qui fait de cette BD un joli carnet de bord dessiné, mais pas davantage. Le ton et les préoccupations sont toujours trés suggestifs, le personnage principal semblant être une personne en souffrance morale contrainte d'évoluer malgré elle dans un monde sale et stupide assemblé de femmes enceintes grunges, d'infirmières indifférentes plus absorbées par Zidane et la télé que par leur taches sanitaires et de médecins qui font des touchers vaginaux avec la sensibilité et le tact de vétérinaires bovins. Afin de pimenter ce récit linéaire construit sur une attente pénible et l'insupportable d'un état physique, quelques scènes traitées de manière assez gore parsèment le récit comme pour sceller l'appartenance de cette BD écrite sur un ton bourgeois et snob à un genre qui se veut alternatif et punk. A titre d'exemple, l'auteur, en grande souffrance gastrique, se représente, sous perfusion, en train de vomir dans les toilettes... Le gore du récit ne va guère plus loin, Caroline Sury à beau vouloir faire de l'hopital un enfer, on est quand même en France et l'horreur hospitalière à aussi ses limites.
L'intéret de cette BD se trouve plus dans le dessin qui exprime avec une certaine originalité teintée de naiveté à la fois violence et humour. Les personnages sous le coup de la haine sont mangés intérieurement par des insectes dont ils prennent la forme, même si c'est symboliquement assez peu inventif c'est graphiquement bien amené. Chaque début de chapitre fait l'objet d'une icone mutante assez violente qui symbolise les sentiments intérieurs de l'auteur. il s'agit de petis personnages hybrides humains et insectes, représentés sous la forme de petites poupées gigognes aux traits torturés ou sadiques. On notera aussi un détail assez inventif et répétitif dans la BD : les bras et les mains sortant des yeux, comme pour exprimer une certaine frustation ou bien encore un symbolisme brut et magique...
22 janvier 2008
Ada
Editeur: Amok (fremok) "dans le cadre de l'expériene Alice" 2007
Auteurs : Illustration d'Atak sur un texte de Gertrude Stein.
Langue : français
ISBN: 978235065020
Au rayon BD ce petit livre étrange jure d'emblée par son originalité. L'oeil est accroché par sa couverture ambigue, oscillant visiblement entre un livre d'illustrations pour enfant
aux tons retros et une peinture figurative trés contemporaine.
Cette ambiguité s'estompe en partie lorsqu'on déchire la fine pellicule plastique protègeant Ada des mains négligentes... A l'ouverture du livre, apparaît de manière totalement incongrue, un oursin noir et piquant au centre duquel s'ouvre une blessure à vif laisse entrevoir une vierge en abîme que surlignent les lèvres d'un vagin! Troublante introduction dont le message symboliste n’a rien d’une illustration pour enfants...Sur le rabat intérieur de la couverture est écrit :
«Ada, une histoire d’amour », suivi de la citation «Trembler était totalement vivre, vivre était totalement aimer ».
Le lecteur qui ne connaît ni Gertrude Stein, ni Atak tient dans ses mains un objet
ludique rappelant l'enfance mais finalement assez hermétique derrière cette apparente simplicité. En se reportant à la dernière page on découvre qu’il s’agit en fait d’une "collaboration" ou co-écriture
« post-mortem » entre Gertrude Stein, une écrivain américaine décédée en 1946, et Atak, un jeune illustrateur berlinois déjà connu du
monde de
Gertrude Stein, américaine d’origine juive, s'installe à Paris en 1903. Ecrivain et collectionneuse d’art moderne, on retient d'elle l'invention du qualificatif « lost
Generation » qual
ifiant la génération d'Hemingway bien sur, mais également ses recherches littéraires formelles accompagnant celles de
Braque et de Picasso en peinture, à tel point que son style littéraire, construit autour d’une progression
largement répétitive d’instantanés, est qualifié aujourd'hui de "cubisme
littéraire". Le style d'Ada est fragmenté, répétitif, et
quasi sans ponctuation. Ce récit hermétique, mis en lumière par les illustrations d'Atak nous raconte au passé simple le destin de deux femmes qui arrivent, aprés de
longues années à s'émanciper de leur prison familiale. La mort des parents libératrice, crée la bréche dans laquelle ces deux femmes vont s'engoufrer pour enfin vivre leur homosexualité.
La personnalité du dessin d'Atak, à la fois expressionniste, pointilliste et proche de l'art brut apporte à Ada une raisonnance trés germanique. Le dialogue qu'il institue entre le lettrage et les dessins est capital pour nous rendre lisible ce texte à la limite de l'incompréhensible. Loué, donc, soit le Fremok et ses oeuvres...



