Notre mère la guerre 4En janvier 1915, sur le front, du coté français, Joséphine Taillandier, une serveuse est retrouvée sauvagement tuée. Malgré l'arrestation d'un premier suspect jugé, puis fusillé à la hâte, une infirmière de la croix rouge, puis une journaliste canadienne disparaissent à leur tour… C'est en tout quatre femmes qui sont sauvagement assassinées. Leurs corps sont retrouvés parmi les cadavres du front, en première ligne, et sur chacune des dépouilles, une lettre, écrite de la main même du meurtrier, signe ces crimes odieux.

Face à cette situation inédite, l'Etat major, décide alors de dépêcher sur place un lieutenant de gendarmerie, Roland Vialatte, pour démasquer le coupable parmi les poilus. Malvenue, l’enquête de ce « planqué » parmi les soldats commence comme une descente en enfer dans un lieu ou l'espérance de vie est réduite au minimum, là ou le crime organisé est devenu paradoxalement un devoir patriotique!

Très rapidement Vialatte va découvrir l’existence d’une section particulière, commandée par un certain Peyrac. Les soldats de cette section ont en commun le fait qu’ils sont tous issus d’une prison pour jeunes délinquants ! On leur a proposé la guerre, et les combats pour laver leurs crimes passés… Vialatte les suspecte mais Raton, Surin, Jolicoeur, Jojo, Planchard et Le Goan meurent tous lors d’une attaque tandis que Peyrac, leur commandant, est porté disparu. L'enquête s'arrête alors. En 1917, Vialatte qui s’est finalement engagé dans une compagnie de chars d'assauts, est gravement blessé à la tête par un obus ! Il se réveille péniblement à l’hôpital militaire de Marly-le-Roi. À sa surprise, le commandant Janvier avec qui il avait commencé l'enquête vient lui rendre visite et lui propose de tout reprendre à zéro. Ils savent tous les deux que l'enquête a été bâclée et que le coupable est toujours en liberté...

Ce que j'en pense:

Aprés le travail de Tardi sur la première guerre mondiale (« Lucien Brin d'avoine », « le trou d'Obus », « Sodat Varlot », «  C'était la guerre des tranchées » ...Je croyais le sujet, non pas épuisé, mais tout à fait hors de porté pour de jeunes auteurs, en tous les cas inégalable ! Hors, dés les premières pages de cette série on se rend très vite à l'évidence : on tient là une nouvelle série sur la guerre de 14-18 complètement inédite et tellement « pêchue » qu'elle renouvelle le genre en bande dessinée  ! D'un point de vue narratif d'abord, le parti pris de parler de la guerre des tranchées à travers une enquête policière est un choix habile qui permet de montrer les événements sans être prisonnier d'un seul individu saisi face à l'horreur comme c'était le cas dans l'oeuvre de Tardi. Dans Notre mère la guerre on passe au grès de l'enquête d'un front à l'autre, pour balayer les différents aspects et protagonistes de ce conflit. Du tome 1 au tome 4, on suit également les évolutions historiques et technologiques de la guerre de 1914 à 1918 ! En effet, cette série est extrêmement bien documentée. En tant que lecteur on ne peut qu'être admiratif du travail d'historien très précis sans jamais être scolaire. Enfin le dessin est superbe : à la fois flou dans ses couleurs par l'aquarelle et précis par le trait, cela donne un mélange extrêmement agréable à « lire » et, encore un fois, réaliste sans jamais devenir lourd ! Il se dit de plus en plus,ça et là, que cette série fera date. A vous de juger en lisant « Requiem », le dénouement de « Notre mère la guerre »...