09 mars 2009
Le journal de Soïchi
Auteur : Junji Ito
Editeur: Tonkam (dépôt légal février 2009)
Noir et Blanc
Soïchi, taciturne et anémique passe ses journées enfermé dans l'obscurité et la solitude de sa chambre. Il suce des clous avec pour excuse de se constituer des apports alimentaires en fer indispensables à sa santé, il a des clous pleins la bouche, en permanence... Loin, très loin des préoccupations des adolescents de son age il fuit la société, et en particulier la société féminine qu'il déteste par dessus tout.. Au fil des nouvelles qui constituent le " Journal de Soïchi" , Junji Ito va subtilement et très progressivement dévoiler la personnalité malsaine et ambigüe de Soïchi oscillant entre folie, malfaisance et pouvoirs sorciers... La très belle couverture de l'édition française résume bien à elle seule l'esprit de ce manga horrifique dévoilant au fil des pages une succession de sortilèges et d'illusions orchestrés par ce garçon malsain et manipulateur... L'auteur maitrise son scénario avec tact. Le malaise et le trouble s'installent très vite chez le lecteur et l'ambiguité subtilement entretenue ne fait place au fantastique avéré que vers la toute fin du journal de Soïchi.
Dans "le professeur vient chez Soïchi" et sa suite " le professeur de toile", Soïchi prend possession de ses victimes par un rite qui semble venir tout droit du Vaudou : les victimes sont vidées de leurs forces physiques et de leur conscience pour être remplacées par leur double en toile commandés à distance par le garçon. La dernière nouvelle : " l'anniverssaire de Soïchi" , en forme d'épilogue, introduit un personnage clé dans l'histoire: la grand-mère... Folle ou sorcière? Persuadée avant de disparaitre dans la nature que Soïchi avait un frère jumeaux qu'elle seule pouvait voir, elle revient chaque année à la même date sous la forme d'un spectre fêter l'anniversaire de son petit fils préféré en compagnie de son frère "invisible". Son fantôme hante les rêves de Michi la cousine de Soïchi née un an plus tôt que lui, jour pour jour...
23 juin 2007
Junko Mizuno's hell babies
Editeur: Editions Treville (pour Pan exotica)
Année: 2007
Auteur : Junko Mizuno
Genre: Mangart
Contenu: Hell babies 1998-1999; Unpublished babies; Baby files; Vulgarity babies 2000.
Critique:
D'habitude les mangas de Yunko Mizuno proposent une interprétation trash et complètement débridée de certains contes tels que "la petite sirène", Cinderalla", "Hansel et gretel" ( attention à l'arrivée il n'y a plus aucun point commun avec les originiaux). Dans ce book, elle laisse exploser son style chimique et sucré sans le moindre cadre scénaristique. "Hell Babies" c'est un livre-objet en plastique acidulé mauve, doux et souple symptomatique de la fusion entre les genres. La gallerie qu'on y découvre est ahurissante: ses bataillons de poupées-érotiques s'étalent en revues tout au long du volume! "Yunko Mizuno's hell babies", c'est quasiment 100 pages plus colorées les unes que les autres ou défilent un panthéon étourdissant de nymphettes, sorcières et déesses sexy... Même si le langage général s'apparente à priori au Hentai, il faut envisager ici le mot "hentai" au sens littéral, c'est à dire : anormalité ou métamorphose car ce qui nous est donné à voir est à des années lumière d'un quelconque réalisme érotique.
Hell Babies 1998-1999
Il s'agit de la première gallerie de portraits. Chacune de ces 38 icones est accompagnée de sa légende : Miss Alice Cooper, Miss Super Ichigo, Mimi 64... Voici en extrait les softs Mrs Sachiyo et la trés vénéneuse Miss Spider!
Ces dessins archétypés et stylisés au possible nous ramènent un peu au Lolicon ( genre ou fleurissent les nymphettes aux culottes trés apparentes) mais ici l'aspect trash surnage! "Miss Alice Cooper" canon outré du manga avec ses yeux et sa chevelure immenses, son nez souligné par un tout petit point aurait tout d'une gentille pin-up si du sang ne dégoulinait franchement salement de sa bouche et si onze serpents noirs et menaçants n'émergeaient de sa magnifique chevelure rousse.
"Miss Super Ichigo" à la peau et aux cheveux roses, représentée nue sur un fond rouge est un modèle d'érotisme, mais elle déguste un saladier de cranes qui baignent dans du sang! Mort, érotisme, l'association simpliste est systématique, et alors? Un peu plus loin, "Meaty Pair Sakiko", une belle brune aux seins nus, balafrée, un bandeau de pirate noir sur l'oeil, s'escrime avec un hachoir sur une carcasse fraiche de cochon sur fond de carreaux verts d'un abattoir...
Chaque personnage est une petite icone melant sexualité, enfance et morbidité. Icones otakistes? Sans aucun doute.
Unpublished babies
Cette deuxième série de 22 icones est à priori inédite. Le style de Yunko Mizuno y est codifié à l'extrème ce qui donne un résultat minimaliste nous permettant d'individualiser des schémas récurrents trés amusants.
Cette fois, il s'agit, plus d'enfants que de véritables femmes. la tête est véritablement disproportionnée et la chevelure envahit tout l'espace de l'image.
Si l'on regarde de plus prés les attributs de ces "unpublished babies" on remarque les mêmes biberons empoisonnés, la présence de la viande, des serpents et un tendance à associer systématiquement et de façon absurde de la nourriture à ces femmes-enfants et à des éléments de corruption : serpents, araignées, insectes, cloportes et autres vermines. Ce mélange donnant bien sur un aspect décalé trés sympathique à l'ensemble!
Baby Files 2001
Cette série met en scène certains personnages déjà exploités et en présente de nouveaux. Cette fois un petit texte accompagne les personnages de Junko Mizuno et les met en scène. Intéressons nous au portrait de " Goddess Aiko". Cette déesse déverse son lait magique ( il scintille) qui coule directement de ses seins dans une coquille de bénitier remplie de ce liquide blanc et pure. Outre les nénuphars qui semblent s'y épanouir, trois orphelines se penchent sur ce calice pour boire son lait... tout un programme!
Vulgarity Babies 2000
Cette ultime série de 23 portraits présente des traits volontairements accentués par un encrage plus important et un aspect mat. L'atmosphère est cette fois moins trash en apparence. A noter par exemple la petite fée infirmière clochette qui arrose la fleur-sex de cette jeune femme qui s'apprete à vivre sa première séance gynécolgique...
Ou bien la nature si particulière du met que se prépare cette belle cuisinière brune...
11 juin 2007
The art of Hideshi Hino ( Hideshi Hino)
Année: 2007
langue: anglais et japonais
Genre : Mangart (Gore)
Public: adulte
Contenu:
Memory of the mermaid
The red fruit
Snow flower
+ portfolio couleur ( reproduction des couvertures couleurs des principaux titres de l'auteur)
Presspop gallery nous gratifie là d'un joli livre en hommage à son auteur: le maître mangaka du gore : Hideshi Hino. En plus de son caractère "art book", l''originalité de cette publication est de nous livrer 3 histoires courtes en couleur !
Memories of the mermaid
"Memories of the mermaid" est, comme son nom l'indique, l'histoire de la petite sirène revue et corrigée par Hideshi Hino. Bien que l'on se situe à des années lumières du conte d'Andersen on sort tout de même des sentiers tortueux habituellement empruntés par l'auteur. "Memories of a mermaid" est une histoire d'amour faussement naïve entre une petite "fille-sirène" belle à souhait et un petit garçon esseulé. Pour subvenir à ses besoins, cette mystérieuse enfant joue l'artiste exhibitionniste dans un cirque ambulant ou se produisent toutes sortes d'aberrations de la nature.
La petite fille, elle, présente le numéro de la petite sirène du cirque. Bien entendu , c'est aussi elle le clou du spectacle! Mais vous l'aurez deviné, il ne s'agit pas d'une simple petite fille déguisée pour les besoin du show! A la manière peu originale d'une cendrillon japonaise, passée une certaine heure, une queue de sirène apparait subitement en lieu et place de ses jambes, Pouuuufff!!! Le subterfuge est malencontreusement révélé à son petit compagnon lors d'une promenade tardive en forêt...
Ce conte a pour toile de fond un cirque ambulant des horreurs (référence et hommage au "Freaks, la monstrueuse parade" de Tod Browning) à la seule différence qu'il est peuplé ici de véritables monstres au sens ou leur nature n'est pas humaine. Hideshi Hino donne aux personnages de ce bestiaire une
allure enfantine, grotesque et inoffensive qui accentue le caractère féérique de ce mini conte. Par ailleurs, c'est la quasi bi-chromie qui retient notre attention. Hideshi Hino joue essentiellement sur deux couleurs: le vert et le rouge. Les yeux de la petite sirène sont verts, sans nuance le même vert est utilisé pour la forêt, l'eau, le ciel. A contrario, le rouge souligne l'inquiétude et le mystère: la toile du cirque des horreurs, le crépuscule, les habits des monstres...
The red fruit
"The red fruit" toujours dans l'univers symbolique du conte, se situe davantage dans le langage et les schémas gores propres à Hideshi Hino. Le fruit rouge est bien sur le fruit défendu concentrant tous les poisons et les vices que va manger la petite fille avant de se transformer en vilaine... zombie.
Je dirais que le point commun avec la première histoire c'est que notre petit garçon assiste une fois de plus au dénouement en victime passive, consternée, mais fascinée! Le langage graphique est similaire à la première histoire. Du vert on passe cette fois du gris au rouge avec une présence beaucoup plus envahissante du noir!
Snow flower
"Snow flower" est la plus japonisante et la plus esthétisante des trois histoires. D'emblée l'ambiance est minée par un scénario cruel : notre jeune garçon garde sa maman allitée, malade et mourante. Ils sont tous deux isolés depuis pas mal de temps à cause d'une tempête de neige. Afin de divertir sa mère il lui joue des spectacles de marionnettes...
Pour le remercier, elle lui annonce sans détour qu'elle ne va pas le voir grandir puisqu'elle va mourir et que " The snow laby" va venir la chercher parce qu'elle tue tous ceux qui sont faibles! Bref, pris de panique,notre petit garçon s'affole, s'angoisse et veut à tout prix défendre sa mère! Peine perdue, une nuit alors que la tempête fait rage, notre enfant voit apparaitre "the snow lady" tel un spectre blanc : elle tient dans sa main la tête tranchée de sa maman, fantasme ou réalité?...
Magnifique histoire ou dominent le blanc verdâtre, sale ou spectrale, le noir de la nuit et des lèvres mortes mais également le rouge de la tête tranchée. Trois couleurs donc pour cette dernière histoire!
Il s'agit d'un recueil de différents dessins issus des couvertures des mangas d'Hisdehi Hino.
On y retrouve son bestiaire peuplé d'encéphales monstrueux, de personnages aux yeux globuleux et injectés de sang, mais aussi de foetus déformés flottant dans l'espace, de décharges polluées et des différents monstres que ces lieux maudits produisent...
Page 23 : il n'y pas de mal à se faire plaisir, même avec un varan de Komodo!
17 mai 2007
Panorama de l'Enfer ( Hideshi Hino)
Alléché par la réputation sulfureuse d'Hideshi Hino, le cinéaste-mangaka auteur des célèbres Guinéa Pig, je me suis enfin procurré un de ses trop rares mangas traduits en français :Panorama de l'Enfer,édité chez l'excellent éditeur français de Manga: inho. Hélas, Hideshi Hino n'est pas encore trés connu en France, mais le peu d'informations glanées çà et là me laissaient penser que j'allais avoir droit au must du " franchement vomitif ". Bref, une BD de plus à lire sous le manteau!
Ce manga en noir et blanc nous présente un jeune peintre atteint de démence,et c'est lui le narrateur! Tout en "finesse" il nous présente sa technique : il s'écorche et récupère son sang pour peindre. Si jamais il lui faut plus de sang, il boit alors de l'acide chlorydrique pour en vomir! Nous étions prévenu, en réalité rien n'a véritablement commencé!
Panorama de l'Enfer ceux sont les treize oeuvres de ce peintre dément...Treize tableaux sortis de l'enfer de son esprit malade: délirants, violents et sans concessions.
Personnellement j'ai eu du mal, au début, à entrevoir l'intêret et la crédibilité de ce manga. Ma première impression a été d'être face à un scénario d'une
puérilité navrante qui légitimait son existence par quelques effets gores démonstratifs... Encore une arnaque marketing? Au fil des pages Ce sentiment à laissé place à un réel malaise. Hideshi Hino est un auteur habile. Sous l'apparence d'une histoire faussement puérile et hystérique il va progressivement dessiner les contours d'un monde à la tristesse et à la noirceur inguérissables. Les véritables sujets de Panorama de l'enfer sont cachés. Aprés un premier défilé de zombies et de têtes de porcs grouillant d'asticots c'est bien la misère humaine et ses terribles notes réalistes
qui s'invite dans ce concert absurde. De manière subite et brutale, Hideshi Hino frappe là ou ça fait mal: alcoolisme, vice, violence conjugale (femmes battus serait plus juste),enfants battus, Hiroshima... Hideshi Hino nous prend par la main, et petit à petit, nous amène là où il veut. Dans ce manga, on se réveille un peu tard, loin du gore enfantin des première pages, nageant en plein cauchemar sordide...
Au niveau graphique, Hideshi Hino fait preuve d'un style vraiment à part. C'est le mangaka spécialiste des charniers, des yeux globuleux injectés de sang et des asticots :on ne nage pas en pleine sérénité! Son peintre fou et dégénéré me rappelle "étrangement" l'attitude des narrateurs de Tales from the Crypt de Jack Davis: des petites histoires racontées par le gardien de la crypte, la vieille sorcière et la sentinelle du cimetière... (10 tomes magnifiques parus chez Albin Michel). Pour finir, le thème même de la BD et l'ambiance générale sont issus en droite ligne de la culture gore du cinéma américain, son esthétique en est forcément influencée...
Bon, et bien comme il n'y a pas de mal à se faire du mal, avis aux amateurs, c'est un excellent manga!!!
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