DEVIATION BD

Blog critique qui fait cohabiter bande dessinée "Z" de mauvais genre et auteurs indépendants!

01 mars 2009

Frères d'armes (Cachemire, Kerala)

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Casterman, dépôt légal janvier 2009

Frères d’armes est une BD diptyque, deux récits témoignages sur les mêmes thèmes : la montée de l’intégrisme islamiste dans deux régions d’Inde devenues le théâtre d’affrontements communautaires très violents entre hindouistes et musulmans.

« Cachemire » de Naseer Ahmed et Saurabh Singh s’inspire de faits réels. Depuis sa cellule de la prison de Sinangar, un homme va nous apporter le témoignage de sa vie depuis son enfance jusqu'à l’engrenage qui l’a poussé à s’engager dans un groupe islamiste radical qui fera de lui un jihadiste, un activiste combattant au service de la révolution islamiste au Cachemire et en Afghanistan. Une vie consacrée à la violence au nom de l’Islam donc, jusqu’à ce qu’un évènement, la perte d’un ami très proche lors d’un accrochage avec l’armée indienne, permette le déclic qui lui permettre d’abandonner cette voie radicale. Ce premier récit nous familiarise avec le terreau de cette rébellion en nous présentant la situation des musulmans du nord ouest de l’Inde dans les années 80. Une population prise dans l’étau de la pauvreté, de la persécution policière, le tout dans un contexte politique conflictuel tendu entre l’inde et le Pakistan. L’accent est mis sur le processus : le gout pour la radicalité du narrateur, l’engagement, l’enrôlement, l’isolement, la soumission, le secret et l’asservissement. L’auteur fait le point sur les méthodes des recruteurs, les discours de certains imams mais aussi le dessous des cartes : quand les groupes jihadistes ne sont plus que des groupes politiques mafieux qui rançonnent les populations et cadenassent l’ensemble des rouages de la société pour le bien être de quelques émirs…

 « Kerala » de Abdul Sultan.P.P.et Sengupta Partha, d’une manière peut être encore plus pédagogique, démontre la folie destructrice de l’intégrisme religieux tout en prêchant un islam tolérant : Hamid, chercheur à l’université d’Edimbourg reçoit un fax. Sa grand- mère vient de mourir. Le lendemain il prend l’avion, son premier retour au pays depuis 12 ans. Sur place son frère ainé, jadis moins doué que lui pour les études et devenu le chef d’un groupe islamiste radical clandestin. Les retrouvailles sont très difficiles, les points de vue diamétralement opposés. Les activités terroristes de Rashid, le frère ainé d’Hamid vont entrainer la famille entière dans la violence et la mort suite à des conflits d’intérêts entre groupes islamistes radicaux locaux…

 Ces deux récits passionnants présentent de très nombreux intérêts. Outre leur aspect « polar » réalistes et autobiographiques qui leur donne valeur de témoignage, ils nous offrent une lecture culturelle et géo-stratégique de la violence religieuse au Cachemire et en Inde. Ces deux récits ont également comme point commun la dénonciation d’un véritable système mafieux et autoritaire détournant les valeurs religieuses de l’Islam : recrutement embrigadement, lavage de cerveau, etc… Nonobstant son aspect pédagogique « Frères d’armes », au dessin extrêmement efficace et plaisant, se fait porte parole de l’ensemble des musulmans du monde stigmatisés par l’image négative que donnent les terroristes de leur religion.

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22 février 2009

Ma mère était une trés belle femme

couvEditions ça et là 2007 pour l'édition française.

"Ma mère était une très belle femme ", BD  autobiographique, écrite comme un besoin de témoigner... L'histoire  commence dans un aéroport, à la descente de l'avion. Après plusieurs années en Europe, Karlien de Villiers revient au Cap et nous plongeons avec elle dans  ses souvenirs et son passé de petite fille blanche au moment des prémices de la fin du "règne Afrikaners".
Pelle-mêle ses souvenirs familiaux et personnels  sont subtilement mis en abime avec l'histoire immédiate de son pays. Le mot "implosion" résume parfaitement cette histoire :entre divorce et fin d'une époque. Au delà de la solitude d'une enfant livrée à elle même le témoignage de l'auteur  est celui de la chute, de la perte de maitrise, de l'accélération de la violence. 9782916207186_5 L'auteur ne se venge pas, mais ne fait pas non plus de compromis avec ses souvenirs. Cette BD, sorte de deuil nécessaire, est aussi le rappel d'une histoire, d'une culture que tout le monde à voulu gommer depuis lors. Au delà de l'histoire personnelle on assiste à une réflexion sur les conséquences d'un naufrage politique et culturel. Cette décadence nous revoit d'ailleurs à notre propre histoire coloniale. Toute l'Afrique du sud décrite n'est que compromis illusoire, situation précaire. Rien, désormais ne semble plus tangible pour une population blanche Afrikaners qui me rappelle la situation des colons français au moment de la fin de l'Algérie française : l'écroulement  d'un leurre entretenu contre vents et marées.

Sa mère meurt d'un cancer, son père s'enferme dans le déni, et lorsque la narratrice revient au pays après de longues années d'absence sa sœur qui est restée elle est devenue toxicomane...
Graphiquement la BD est très soignée. Malgré le sujet introspectif la géographie est très présente.  L'Afrique du sud est mise en lumière et il en ressort un coté exotique très plaisant et très bien traité. (comme dans les BD de Joe Daly). On ne sait pas vraiment ou on se trouve dans ces paysages, on hésite entre la Californie, l'Australie, l'Afrique australe peut-être?

Ma mère était une trés belle femme est à lire absolument!

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09 février 2009

Rats et chiens

n762123193_1250575_3146Auteur : Conrad Botes (Afrique du sud)
Editeur : Cornélius, collection Solange ( dépot légal janvier 2009)

La BD indépendante sud africaine est à l'honneur en ce début d'année puisqu'on assiste à trois sorties, le livre de Conrad Botes édité par Cornélius mais aussi un nouvel ouvrage de Joe Daly et à une anthologie de Bittercomix parus à l'Association.

Rats et chiens présente une sélection de cinq histoires: "le chacal et le corbeau" dans laquelle un paysan cruel subit la malédiction d'un corbeau qui venge un chien de la cruauté de son maitre. Cette première histoire est suivie par "Cain et Abel", trés fantastique et fantasmatique adaptation d'une parabole biblique. Suit ensuite "Esau et Jacob" ou deux frères, l'un noir et l'autre blanc vont se battre à mort pour un héritage synonyme de mariage. vient ensuite "Dieu et Rats", chemin de Damas et vaine tentative de révolte contre la toute puissance divine et enfin "Histoire pour les enfants", conte noir sur la solitude et le nihilisme.

Outre les thèmes liés à l'apartheid et à la religion chrétienne, ce qui frappe chez  Conrad Botes c'est avant tout son langage graphique:  simple, beau et très efficace. On est proche du monde sémantique de l'underground américain avec des attitudes et des regards qui me rappellent Daniel Clowes même si le trait est volontairement plus grossier ici, mais également à Charles Burns. Néanmoins, au delà de cette sphère graphique, l'auteur arrive parfaitement à se dégager et témoigne d'un style propre à très  très forte personnalité. Ici le noir et blanc est parfaitement compris et optimisé. Le dessin est totalement voué à l'efficacité, au mouvement, à la fuite, à la précipitation. Le peu de dialogue et les thèmes violents provoquent ensemble une impression d'accélération incontrôlée, incontrôlable, et c'est aussi dans ce subtil dosage que l'on découvre tout le talent de Conrad Botes.

Violence aveugle entre les hommes, les races, aveuglement, endoctrinement, solitude et misère sexuelle, affective...Le ton est pessimiste et implacable : les hommes aveuglés par leur colère subissent toujours le retour de la folie de leur violence. Conrad Botes place ses histoires entre messianisme et fantasme, entre réalité et cauchemar, martyr et exorcisme. On en voudrait encore, malheureusement cela s'arrète trop vite.

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03 décembre 2008

Bottomless Belly Button

La famille "Loony" se regroupe dans la maison familiale pour la dernière fois! Les parents viennent d'annoncer à leurs enfants qu'après quarante ans de mariage ils divorçaient. L'auteur va passer en revue chaque membre bottomlessde la famille mélangeant enfance, vie d'adulte, doutes, souvenirs, etc... Et réaction par rapport à la situation présente, drame pour les uns, indifférence feinte ou réelle pour les autres.
Cette habile série de portraits donne corps et épaisseur au récit. Celui qui m'a semblé être le plus fouillé par Dash Shaw est le fils ainé de la famille Loony: un jeune papa que l'annonce du divorce plonge dans un état de choc qui va partir explorer les recoins cachés de cette maison aménagée et construite comme un rébus avec ses clefs secrètes, ses faux plafonds,ses couloirs dérobés et ses boites à souvenir à la recherche du sens de la vie de ses parents et du pourquoi de ce divorce de deux vieillards qui ne peuvent raisonnablement plus avoir le temps pour grand chose...

C'est culturellement un peu trop américain à mon gout, au sens cliché du terme (déclinaison systématique autour de l'espace familial et de ses valeurs). Le traitement de certains personnages à la psychologie à peine effleurée reste superficiel, et le scénario par moments tangue et divague et arrive à se perdre lui aussi dans le labyrinthe de la maison...Néanmoins , la lenteur de l'histoire donne l'agréable sensation au lecteur de vivre l'histoire en temps réel. La lecture est nourrie par une approche très personnelle du problème : différents points de vue sur la famille apparaissent  et  font ressortir la tension entre sacrifice et épanouissement individuel, le sujet même de cette BD. Finalement la Katharcis qui nait autour de cette réunion familiale se transforme en rite de passage pour les personnages.

 

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28 novembre 2008

Étoile du Chagrin

n762123193_999594_5226Étoile du Chagrin de Kazimir Strzepek chez ça et là éditeur 2008.

Cette petite BD américaine en noir et blanc qui à priori présente des airs de BD indépendante plutôt intimiste et underground  se révèle être un produit  "grunge" et  très original qui, au fil des pages, dévoile un scénario totalement SF post apocalyptique... Strzepek a créé un monde original peuplé de mutants mi-animaux, mi-humains aux sympathiques minois "nipponisant" à la fois félin, reptile et lutin...

L'histoire démarre au moment ou une comète passant bien trop prés de la planète  cause un cataclysme qui boulverse tout, la civilisation est ruinée, le chaos s'installe. Les personnages de l'étoile du chagrin en proie au doute, au chagrin et à la folie tentent, donc par petits groupes ou en solitaire de survivre dans un monde livré à la ruine technologique et à la violence anarchique des bandes armées. Les deux héros (sur la couverture)  errent à la recherche d'un peu de nourriture avec le vague espoir de retrouver leurs proches disparus. Dans l'Etoile du chagrin, même avec des armes rudimentaires  (épées, ciseaux, etc...) chaque rencontre est prétexte à un déchainement de violence aveugle. Il y a bien sur des méchants sans pitié face aux  gentils assez démunis, il y a des corbeaux anthropomorphes experts dans l'art du combat qui découpent les têtes avec du fil à couper le beurre, il y a un justicier solitaire perdu dans le désert, des règlements de comptes,des rêves de vengeance, etc... Ainsi "Etoile du chagrin" est parfois glauque, bourré d'action et ce tome 1 qui pose le décor et les personnages nous laisse un peu sur notre faim, en espérant que le scénario tienne toutes ses promesses dans le second volet à paraître...

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18 novembre 2008

Les bonnes manières d'hier et d'aujourd'hui

bonnes_mani_resLes bonnes manières d'hier et d'aujourd'hui, traité du savoir vivre en certaines occasions choisies.(collectif paru chez Actes sud-l'An2 en juin 2008).

La BD forme un ensemble d'histoires courtes qui sont autant de scènes de la vie de tout les jours, de celles qu'on est amené à voir, à subir, à vivre et qui laissent apparaitre le savoir-vivre (ou plus souvent l'absence de savoir-vivre) de nos contemporains entre eux. L'ensemble forme un tout très cohérent, équilibré, hyper original et rempli de noms prestigieux de la BD indépendante. J'ai préféré les histoires de Natacha Sicaud : les bonnes manières dans le métro , "Les bonnes manières au téléphone" de Ludovic Debeurme, "la première visite aux beaux-parents" d'Antony Pastor, ainsi que l'histoire de Baudoin (toujours aussi efficace et personnel).
Graphiquement c'est à chaque fois du noir et blanc rehaussé de rouge et de rose, cela donne une cohérence graphique à l'ensemble ou tous les styles sont mis en valeur.

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03 novembre 2008

Rock'n roll life

Rock_n_roll_life_copieAuteur: Bruce Paley et Carol Swain
Editeur: ça et là, 2008

Roman graphique autobio témoignage de ce que fut la "beat generation" à travers des morceaux de vie de Bruce Paley sur les routes américaines.
L'auteur se met en scène à travers une suite de petites aventures à la saveur et au ton ultra réaliste qui commencent dans les années 60 lorsque le jeune Bruce décide prendre la route (ou plutot de s'enfuir) avec sa petite copine de 16 ans vers la Californie avec 20 dollars en poche. Cette BD est un voyage qui finit à Londres presque 20 ans plus tard en peine période Punk. Le narrateur nous dresse un portrait de l'Amérique des seventies à travers les mouvements hippies, la guerre du vietnam (à laquelle il échappe), la drogue, les filles, ect... Une BD qui ravira à coup sur les fans d'Easy rider et de Jack Kérouac.

Histoire dans l'histoire, Bruce Paley , à un moment de sa vie recherche désespérement en librairie d'un des romans de Kérouac qui semble le fuir : 'Tristessa'. Lorsqu'il le trouve  par hasard quelques années plus tard, il s'empresse bien sur de l'acheter mais au lieu de le lire il le range sur les étagères. Son envie est morte d'ou sa citation de Thomas Wolfe: "On ne peu pas retourner chez soi". Sorte de parabole qui définie assez bien ce que cherche à nous démontrer Bruce Paley...

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18 janvier 2008

La force des choses

Editeur: Atrabile (10 septembre 2007) 70 pagescover
Auteur: Graham Annable
Langue: français
ISBN-10: 2940329508
ISBN-13: 978-2940325502

Les dernières feuilles tombent. Mais sous l'arbre, Thom ne balaye pas. Depuis une heure, il  s'applique à détordre les branches du balais à gazon. Sharon ouvre la porte, et leur petit chien noir, Byllie Joel, se précipite à l'extérieur comme une bombe... En embuscade derrière la palissade de bois qui sépare les deux villas, Madame Anders, leur vieille voisine n'attendait que ça pour interpeller Thom et le menacer d'un procés, si jamais leur "dangereux" chien agressait une fois de plus son "bébé d'amour", un vieux wombat de 15 ans bouffé par l'arthrite...

Scène suivante: Thom regarde un documentaire TV sur la lorsque Sharon vient s'installer à coté de lui sur le canapé. Thom n'est pas fuyant, mais il ne cherche pas le contact non plus. En fait Thom ne se sent concerné par rien. Sharon évoque sa possible mutation dans une ville plus grande ou il pourrait, lui aussi, trouver du travail. Mais en guise de réponse Thom lui fait mollement comprendre qu'il préfère plutot rester là ou ils sont, tout simplement, parce Extrait_2qu'il a déjà un peu de mal de s'habituer au fait de vivre en couple. Thom est bien là ou il est. Il n'a pas envie qu'on le bouscule...
Pour fuir Sharon, Thom trouve le prétexte d'aller ouvrir au chien avant d'aller se coucher. Mais surprise! Billye Joel, passe la porte avec dans la gueule : Cheevers, le Wombat de madame Anders, qui est raide mort... Consternation, panique! Etrangement le vieux chien mort n'a aucune trace de blessure, il est juste sale. Thom réagit : il le lave, le séche, le peigne, puis en cachette il sort dans le jardin de Madame Anders et dépose Cheevers, tout propre, dans sa cage. Le meurtre est effacé.

Dans le lit, Sharon relance le sujet que Thom veut à tout prix éviter : quand va-t-il se remettre à chercher un emploi? Rien n'y fait, Thom n'est vraiment décidé à rien, même lorsque Sharon lextrait_3ache un "tu ne te bouges jamais que sous la contrainte"... Le lendemain Sharon est partie travailler depuis longtemps quand Thom émerge. Petit à petit il prend pourtant la décision d'aller consulter les offres d'emploi et sort, remarquant au passage que la maison de madame Anders est à vendre! Aprés maintes hésitations Thom téléphone enfin à une annonce et...miracle, il est embauché. De retour, madame Anders en plein déménagement. Traumatisée, elle quitte le quartier, persuadée qu'elle a assassiné Cheevers en l'enterrent vivant, puisqu'elle l'a retrouvé dans sa cage, mort d'épuisement aprés s'être extrait lui-même de son tombeau. Billye Joel n'avait donc déterré qu'un cadavre... Quand Thom entre pour annoncer la bonne nouvelle, en guise d'accueil il ne trouve qu'un mot sur la table. Le monde s'écroule brutalement, Sharon est partie avec le chien...

"La force des choses" est double. Extrait_5C'est un récit extrèmement comique que sert un dessin minimaliste percutant et trés expressif doublée d'une intrigue vaudevillesque qui crée un comique de situation : La chute est d'autant plus comique quand on réalise la stratégie que Thom à du employer face à la menace d'un procés.

En revanche " La force des choses" révèle un aspect trés sombre quand Thom se fait plaquer par Sharon, car aprés ces péripéties comiques, la chute est brutale. subitement, le rideau se lève sur une précarité et une solitude des plus noires... Les sentiments de perte et d'effondrement  de Thom sont extrèmement bien rendus par le dessin,  notamment dans les cases  ou evidemment il souffre, le pauvre, à s'endormir tout seul dans leur grand lit. Lentement dans le jardin silencieux sa conscience s'éveille. finalement il décide de partir à la recherche de Sharon, mais n'est-ce pas un peu tard?

 


 

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12 janvier 2008

La Vie est belle malgré tout

Editeur: Les Humanoïdes associés (janvier 1998)Couverture
Collection: Tohu Bohu
Auteur : Seth
ISBN-10: 273161305X
ISBN-13:
978-273161305

C'est l'hiver. Un jeune homme au look retro Extrait_1trés soigné arpente les rues d'une ville nord américaine. Sa silhouette dénote dans le paysage. Du genre solitaire, il est à la recherche de magazines ou de comics anciens, et, en pleine action, on le voit fureter chez un bouquiniste. Les textes qui accompagnent les premières pages du récit nous livrent ses différentes réflexions sur la bande dessinée. De passage en week-end chez sa mère, il reprend rapidement le train pour rejoindre Toronto. Peu aprés, on le voit évoluer en compagnie son unique ami: Chet, mais l'objet de la conversation lui ne s'est pas déplacé pour autant: il s'agit du résultat de ses investigations à la recherche d'illustrés ou de comics rares. Notre narrateur est en effet un collectionneur passionné dont l'obsession permanente est de dénicher les travaux d'illustrateurs disparus ayant été publiés dans le New-york times... Il s'intéresse particulièrement à un certains Kalo, un illustrateur méconnu Extrait_2dont le style captive toute son attention. La recherche de ses dessins ainsi que la compréhension de sa carrière vont constituer le fil conducteur du récit, menant notre narrateur d'espoirs en déceptions à travers tout l'Ontario et ce, pendant plusieurs années...


Récit autobiographique découpé en six parties et regroupant les comics 4 à 9 de la série "Palooka ville","La vie est Belle malgré tout" est un récit introspectif dont les sujets sont multiples. C'est d'une part le regard d'un homme sur le monde en évolution, accompagné d'un ensemble de réflexions sur la destinée persExtrait_3onnelle et plaçant au centre la question des choix individuels. C'est également le regard de cet homme sur la bande dessinée et les rapports de ce monde virtuel et fantasmé sur sa propre vie. C'est aussi une ballade contemplative dans l'Ontario en hiver mais également, " la vie est belle malgrés tout" est l'histoire d'une quête personnelle et d'un travail de recherche de longue halène sur la carrière et les dessins d'un illustrateur canadien méconnu des années 40 :  Jack Kalloway, alias Kalo.
Ce qui est intéressant et particulièrement appréciable c'est d'une part, la lenteur de l'action qui procure au récit un aspect paisible propre à la réflexion (ce n'est d'ailleurs presque qu'une suite de réflexions), mais c'est aussi l'alternance entre les passages ou le narrateur agit, parle, et de longs moments d'introspections ou il nous fait part de ses réflexions personnelles sur le dessin. Ce personnage-narrateur n'a de cesse de mettre en parallèle sa vie réelle et des passages de bandes dessinées qu'il a lu comme s'il était constamment en équilibre entre la réalité et la fiction.
Par ailleurs "la vie est belle malgré tout" est le portrait psychologique d'un collectionneur. Le narrateur recherche dans les vieux illustrés de journaux des morceaux disparus de son enfance : page 42:" des personnages de mon enfance forment une véritable Sainte trinité...ce sont mes parents qui m'on fait connaître ces strips...je ne me suis pas débarrassé de  mes sentiments mélancoliques envers mes parents"... Constamment en recherche de passé, cet homme refuse de s'investir dans le présent. Il délaisse même volontairement sa vie amoureuse pour partir à la recherche d'un illustrateur méconnu et disparu dont on réalise qu'il aurait tout aussi bien pu s'agir de lui même.

Dessin:
l'esthétique du dessins précis et minimaliste jusqu'aux couleurs entre en parfaite adéquation avec le ton de l'histoire. Ce "récit graphique" se caractérise M_ditationégalement par de nombreuses perpectives citadines. Des pages entières sont utilisées à représenter des  rues, des  immeubles, des tours ou bien encore des paysages hivernaux de l'Ontario. On sent que l'auteur retire une certaine jubilation à representer dans le présent, des paysages urbains non objectifs trés marqués par l'esthétique des années 1940. Seth nous dit volontairement que son regard est issu d'une époque révolue, c'est sa façon de distordre la réalité face à l'angoisse du changement : la modernité est bannie.

Solitude, enfance et passé: Le narrateur est souvent seul, mais ne semble jamais écrasé par son environnement. La solitude  ici n'est pas veccu comme un fardeau, bien au contraire. "Je suis obsédé par mon passé jusqu'à la comlaisance. Je scrute mon enfance, ruminant mes souvenirs, selectionnant les moments les plus magiques, comme si j'allais y trouver des solutions miracles à mes problèmes actuels" Seth aborde des problèmes d'ordre psychanalytique par le biai des personnages et énumère les questions: du sens du passé dans le présent, de la part du déterminisme dans l'existence, et pose également la question sur les choix personnels :" On sait bien qu'on aurait pu prendre un autre chemin par le passé, et changer sa vie. Mais cela aurait exigé un terrible effort de volonté. On ressent tout le poids  de l'irréversibilité de la vie, cette sensation témoigne peut-être de l'existence du destin..." A la fin, on apprend que Kalo aprés avoir arrété le dessin, frustré semble-t-il, est devenu business-man...

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09 janvier 2008

Fraise et Chocolat

Editeur : Les impressions nouvelle - Paris -Bruxelles 2006Cover_Fraise_et_chocolat
Auteur: Aurélia Aurita
Genre : Récit érotique et humoristique; 144 pages
ISBN-10:
2874490091
ISBN-13:
978-2874490095

Fraise et Chocolat commence dans un avion qui survole le Japon en provenance de Paris. L'auteur met en scène une jeune femme, Chenda, en train de croquer ses premiers petits bouts de Japon aperçus par le hublot : un terrain de golf dont les greens prennent les formes d'un vagin et d'un phallus... Le ton de fraise et chocolat est donné et nous est livré comme un carnet de voyage intime. Chenda prend brièvement le temps de nous expliquer sa rencontre avec Frederic, un français expatrié à Tokyo de 20 ans de plus qu'elle. Le couple vient de se reformer aprés quatre mois d'absence et une relation épistolaire "enflammée. Assise à coté de Frédéric, Chenda se rend compte avec surprise qu'elle Extrait_5"inonde" le métro de Tokyo...Les pages qui suivent ne sont qu'étreintes torrides liées aux retrouvailles des deux amants : de la page 14 à 20 on à droit à un florilège de rapports bucaux, puis la frénésie sexuelle se rompt soudainement dans le feu de l'action lorsque Chanda lache un bruyant et pathétique "je t'aime". S'ensuit une conversation de bistrot ou les deux amants exposent devant un verre ce que chacun attend de sa vie sentimentale (et non pas ce qu'il attend de l'autre). Cet interlude passé, l'action reprend son cour brutal puisqu'a la page 34 on assiste à "l'initiation" anale de Chenda. Il faut dire qu'au fil du récit, comme une obsession, cet acte sexuel en particulier prend une telle importance qu'il est décliné en nombreuses et diverses variations : l'amour anal devant un miroir; comment de déplacer avec un gode enfoncé dans le cul sans qu'il sorte, ect... Chaque nouvelle péripétie sexuelle faisant l'objet d'un petit chapitre au titre évocateur: "la chenille", "l'apparition", "tchao vagin" suivi du "le bonheur"... L'acmé érotique et humoristique de la BD étant sans doute la parenthée esthétique établie de manière quasi mystique entre le clitoris de Chenda et le Mont Fuji eneigé "révélée" lors d'un jeu érotique avec de la chantilly. Les deux amants en pleurent de joie...L'histoire se termine enfin, par ce discours de Frederic : " Toi tu sens toujours bon comme une japonaise mais tu te laisses enculer comme une française"...

Sorte de récit érotico-initiatique autobiographique et humoristique, Fraise et Chocolat focallise sur le sexe et en fait l'axe unique d'une relation. Le lecteur est placé d'emblé dans l'intimité du couple. Dés le début, la préoccupation de Chenda est de savoir à quoi ressemble de sexe de son partenaire avant de lui faire une fellation. A ce titre les dessins ou elle se représenteExtrait_4 à genou à hauteur du jean's de Frederic en train de se demander si son sexe va ressembler à un dinausore ou à un éléphant sont assez amusants. Les dessins trés minimalistes est trés expressifs sont trés efficaces. Les mises en scènes sont un bon révélateur du narcissisme de la relation puisqu 'on ne part jamais à la découverte de quelqu'un mais à la découverte d'un sexe en érection ou d'un vagin assimilé à de la nourriture.
Ce que va nous raconter Chenda dans ce récit n'est quasiment que la manière technique dont elle s'est faite "baiser". En somme nous assistons tout le long à un dialogue d'organes sexuels, la bite de Fredéric et le cul ou le vagin de Chenda étant devenus les personnages centraux, ceux qui pensent et font l'histoire... Ce qu'on à à voir n'est même plus un point de vue subjectif mais déborde sur affichage quasi cinématographique d'une relation,sur ce qu'on pourrait appeler un roman graphique porno.
Le grandmoment culturel de la BD est l'allusion mystique au Mont Fuji, pour le reste les questions sont assez banales: "Suis-je une exclave sexuelle?" "Vais-je me réveiller un matin avec un étranger à coté de moi?" Heureusement finalement on à pas droit à : "Suis-je une nymphomane?"

 

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