22 février 2009
Ma mère était une trés belle femme
Editions ça et là 2007 pour l'édition française.
"Ma mère était une très belle femme ", BD autobiographique, écrite comme un besoin de témoigner... L'histoire commence dans un aéroport, à la descente de l'avion. Après plusieurs années en Europe, Karlien de Villiers revient au Cap et nous plongeons avec elle dans ses souvenirs et son passé de petite fille blanche au moment des prémices de la fin du "règne Afrikaners".
Pelle-mêle ses souvenirs familiaux et personnels sont subtilement mis en abime avec l'histoire immédiate de son pays. Le mot "implosion" résume parfaitement cette histoire :entre divorce et fin d'une époque. Au delà de la solitude d'une enfant livrée à elle même le témoignage de l'auteur est celui de la chute, de la perte de maitrise, de l'accélération de la violence.
L'auteur ne se venge pas, mais ne fait pas non plus de
compromis avec ses souvenirs. Cette BD, sorte de deuil nécessaire, est aussi le
rappel d'une histoire, d'une culture que tout le monde à
voulu gommer depuis lors. Au delà de l'histoire personnelle on assiste à une réflexion sur les conséquences d'un naufrage politique et culturel. Cette décadence nous revoit d'ailleurs à notre
propre histoire coloniale. Toute l'Afrique du sud décrite n'est que compromis
illusoire, situation précaire. Rien, désormais ne semble plus tangible pour une population blanche Afrikaners qui me rappelle la situation des colons français au moment de la fin de l'Algérie française : l'écroulement d'un leurre entretenu contre vents et marées.
Sa mère meurt d'un cancer, son père s'enferme dans le déni, et lorsque la narratrice revient au pays après de longues années d'absence sa sœur qui est restée elle est devenue toxicomane...
Graphiquement la BD est très soignée. Malgré le sujet introspectif la géographie est très présente. L'Afrique du sud est mise en lumière et il en ressort un coté exotique très plaisant et très bien traité. (comme dans les BD de Joe Daly). On ne sait pas
vraiment ou on se trouve dans ces paysages, on hésite entre la
Californie, l'Australie, l'Afrique australe peut-être?
Ma mère était une trés belle femme est à lire absolument!
09 février 2009
Rats et chiens
Auteur : Conrad Botes (Afrique du sud)
Editeur : Cornélius, collection Solange ( dépot légal janvier 2009)
La BD indépendante sud africaine est à l'honneur en ce début d'année puisqu'on assiste à trois sorties, le livre de Conrad Botes édité par Cornélius mais aussi un nouvel ouvrage de Joe Daly et à une anthologie de Bittercomix parus à l'Association.
Rats et chiens présente une sélection de cinq histoires: "le chacal et le corbeau" dans laquelle un paysan cruel subit la malédiction d'un corbeau qui venge un chien de la cruauté de son maitre. Cette première histoire est suivie par "Cain et Abel", trés fantastique et fantasmatique adaptation d'une parabole biblique. Suit ensuite "Esau et Jacob" ou deux frères, l'un noir et l'autre blanc vont se battre à mort pour un héritage synonyme de mariage. vient ensuite "Dieu et Rats", chemin de Damas et vaine tentative de révolte contre la toute puissance divine et enfin "Histoire pour les enfants", conte noir sur la solitude et le nihilisme.
Outre les thèmes liés à l'apartheid et à la religion chrétienne, ce qui frappe chez Conrad Botes c'est avant tout son langage graphique: simple, beau et très efficace. On est proche du monde sémantique de l'underground américain avec des attitudes et des regards qui me rappellent Daniel Clowes même si le trait est volontairement plus grossier ici, mais également à Charles Burns. Néanmoins, au delà de cette sphère graphique, l'auteur arrive parfaitement à se dégager et témoigne d'un style propre à très très forte personnalité. Ici le noir et blanc est parfaitement compris et optimisé. Le dessin est totalement voué à l'efficacité, au mouvement, à la fuite, à la précipitation. Le peu de dialogue et les thèmes violents provoquent ensemble une impression d'accélération incontrôlée, incontrôlable, et c'est aussi dans ce subtil dosage que l'on découvre tout le talent de Conrad Botes.
Violence aveugle entre les hommes, les races, aveuglement, endoctrinement, solitude et misère sexuelle, affective...Le ton est pessimiste et implacable : les hommes aveuglés par leur colère subissent toujours le retour de la folie de leur violence. Conrad Botes place ses histoires entre messianisme et fantasme, entre réalité et cauchemar, martyr et exorcisme. On en voudrait encore, malheureusement cela s'arrète trop vite.
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