08 février 2008
Gas Flower
Editions : Le dernier Cri, mai 2002
Auteur : Scott Batty
Gas flower est un petit objet imprimé de 7X10 centimètres, un livre minuscule, mais relativement épais. Déviant et morbide, Gas Flower est idéalement fabriqué pour être feuilleté en douce, en voyeur dissimulé et attentif. Ce porte-folio multiplie de manière frontale et rapprochée des dizaines de portraits redessinés et transformés. Dans leur majorité, ces portraits évoquent des cadavres, ou bien des visions cauchemardesques, comme des flashs emprunts de folie morbide et sexuelle. Cette revue sans texte ni histoire explicite nous offre des montages esthétiques trés élaborés dont le matériaux de base est composé de photos de presse. On imaginent aisement des photos de malades, de grands brulés, de déments, de mort
s, de femmes et d'hommes dissimulés derrières des masques aux expressions ambigues. Ces visages s'inscrivent la plupart du temps dans un ovale blafard qui dissimule la peau pour ne laisser apparaitre que les yeux et la bouche qui peuvent être vides, assimilés à des orrifices béants et creux laissant présager la mort ou la folie. Nous sommes dévisagés par nos peurs les plus profondes, par l'expression de la perte totale de contrôle et l'expression d'une sauvagerie psychologique totale. La succession de portraits est parfois enrichie par quelques éléments incongrus en trompe l'oeil : un christ, l'accouchement d'un crane ou bien des photos au materiau pornographique. Malgrés cette violence visuelle la "lecture" de Gas Flower n'est pas pénible, bien au contraire. Cette galerie s'avère ludique, car finalement tout est vrai et rien n'est vrai dans tout cela. On cherche à retrouver le visage nu et vivant sous la peinture, l'expression d'un regard, comprendre l'articulation de ces assemblages et enfin à déterminer la part du document et de la transformation.
Dans sa préface à G
as Flower, Pacôme Thiellement nous présente son auteur Scott Batty . Cet artiste poète, performer et peintre est arrivée à la peinture suite à une rencontre avec l'oeuvre de l'américain Rothko. Précisons que Rothko est connu pour ses recherches picturales et son mouvement le "colorfield painting". L'objectif du " colorfield painting" est de libérer la couleur de ses
premières fonctions localisantes et
figuratives afin qu'elle se suffise à elle
même. Ainsi toute figuration est exclue, et l'oeuvre fait
abstraction de la forme pour mener à une phase méditative (l'aspect spirituel est essentiel). Pâcome Thiellement souligne également dans sa préface que c'est bien cette dimension méditative et spirituelle ,la "puissance de l'image à engendrer des mondes" qui ont séduit Scoot Batty chez Rothko, dimension qu'il transpose à travers son travail de collage et de techniques mixtes.
Sans doute pour signifier le symbolisme brut que recele l'art de Scott Batty, Pâcome Thiellement établit également un parallélisme symbolique entre sa démarche et la pensée magique des haoukas du
Ghana. Les haoukas sont les membres d'une secte africaine qui pratique des transes de possessions trés connues, notamment, grace aux films de Jean Rouch. Dans ces transes les haoukas élaborent et inventent de nouveaux Dieux. Les portraits de Scott Betty, proches de la transe et de la possession dessinent aussi à leur manière un nouveau panthéon et figurent aussi une certaine prise de pouvoir de l'inconscient sur le conscient et le réel. Cet art figuratif fait tout simplement figure d'art brut moderne en lien avec de nouvelles forces et figures mythologiques en constante évolution.
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