DEVIATION BD

Blog critique qui fait cohabiter bande dessinée "Z" de mauvais genre et auteurs indépendants!

27 janvier 2008

Bebe 2000

Editeur : l'Association 2006Cover
Auteur: Caroline Sury
Langue : Français
ISBN: 2-84414-200-1

Caroline et Pakito travaillent en couple aux éditions du Dernier Cri, la fameuse maison d'édition alternative de Marseille. Ils paufinent ensemble la sortie de leur dernier titre "Metalwar" lorque Caroline craque et avoue à Pakito un secret épuisant qu'elle garde depuis quatre mois: ils vont avoir un enfant! Cette nouvelle provoque une crise ouverte au sein du couple...

Sur un ton autobiographique et confidentiel Valérie Sury nous livre une expérience trés personnelle et assez inédite en bande dessinée: "Bébé2000" est l'histoire, au jour le jour, d'une grossesse dessinée (l'histoire prend fin quelques temps aprés l'accouchement). A travers le prisme de sa vision d'artiste, le dessin conduit une réflexion assez féministe sur une expérience à priori banale mais essentielle dans la vie d'une femme. C'est aussi l'occasion de traiter avec pas mal d'humour Extrait_1_bisle bouleversement d'un couple par l'arrivée d'un enfant non planifié!

Au départ L'auteur traite les difficultés rencontrées dans son couple, puis dans sa vie professionnelle. Le personnage principal va devoir se transformer en araignée venimeuse, puis en char d'assaut pour arriver à imposer son point de vue et faire accepter son choix de porter un enfant. Elle va devoir aussi laisser un temps de coté sa vie professionnelle aprés être allée au delà de ce qui est physiquement supportable pour son corps et l'enfant qu'elle porte. Cette histoire autobiographique nous donne aussi un trés bref aperçu de l'ambiance d'une maternité au sein d'un hopital public à Marseille (vision de cauchemar pour l'auteur qui stigmatise et caricature la beauferie des patients comme des soignants). Malgrés le dessin trés stylisé et violent de C. Sury, cette histoire trés chronologique, assez terre à terre à du mal à sublimer la banalité de son sujet. Puisqu'il ne se passe rien ou presque, le lecteur à droit à tous les détails du quotidien d'une femme enceinte sous surveillance hospitalière. Du monitoring en passant par la perfusion et Extrait_2_bisles voisines de chambres... Ce qui fait de cette BD un joli carnet de bord dessiné, mais pas davantage. Le ton et les préoccupations sont toujours trés suggestifs, le personnage principal semblant être une personne en souffrance morale contrainte d'évoluer malgré elle dans un monde sale et stupide assemblé de femmes enceintes grunges, d'infirmières indifférentes plus absorbées par Zidane et la télé que par leur taches sanitaires et de médecins qui font des touchers vaginaux avec la sensibilité et le tact de vétérinaires bovins. Afin de pimenter ce récit linéaire construit sur une attente pénible et l'insupportable d'un état physique, quelques scènes traitées de manière assez gore parsèment le récit comme pour sceller l'appartenance de cette BD écrite sur un ton bourgeois et snob à un genre qui se veut alternatif et punk. A titre d'exemple, l'auteur, en grande souffrance gastrique, se représente, sous perfusion, en train de vomir dans les toilettes... Le gore du récit ne va guère plus loin, Caroline Sury à beau vouloir faire de l'hopital un enfer, on est quand même en France et l'horreur hospitalière à aussi ses limites.

L'intéret de cette BD se trouve plus dans le dessin qui exprime avec une certaine originalité teintée de naiveté à la fois violence et humour. Les personnages sous le coup de la haine sont mangés intérieurement par des insectes dont ils prennent la forme, même si c'est symboliquement assez peu inventif c'est graphiquement bien amené. Chaque début de chapitre fait l'objet d'une icone  mutante assez violente qui symbolise les sentiments intérieurs de l'auteur. il s'agit de petis personnages hybrides humains et insectes, représentés sous la forme de petites poupées gigognes aux traits torturés ou sadiques. On notera aussi un détail assez inventif et répétitif dans la BD : les bras et les mains sortant des yeux, comme pour exprimer une certaine frustation ou bien encore un symbolisme brut et magique...


Posté par Julien F à 17:44 - sleazy art & alternatif - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 janvier 2008

Ada

Editeur: Amok (fremok) "dans le cadre de l'expériene Alice" 2007Cover
Auteurs : Illustration d'Atak sur un texte de Gertrude Stein.
Langue : français
ISBN: 978235065020

Au rayon BD ce petit livre étrange jure d'emblée par son originalité. L'oeil est accroché par sa couverture ambigue, oscillant visiblement entre un livre d'illustrations pour enfant aux tons retros et une peinture figurative trés contemporaine.
Cette ambiguité s'estompe en partie lorsqu'on déchire la fine pellicule plastique protègeant Ada des mains négligentes... A l'ouverture du livre, apparaît de manière totalement incongrue, un oursin noir et piquant au centre duquel s'ouvre une blessure à vif laisse entrevoir une vierge en abîme que surlignent les lèvres d'un vagin! Troublante introduction dont le message symboliste n’a rien d’une illustration pour enfants...Sur le rabat intérieur de la couverture est écrit : «Ada, une histoire d’amour », suivi de la citation «Trembler était totalement vivre, vivre était totalement aimer ».
Le lecteur qui ne connaît ni Gertrude Stein, ni Atak tient dans ses mains un objet Extrait_2ludique rappelant l'enfance mais finalement  assez hermétique derrière cette apparente simplicité. En se reportant à la dernière page on découvre qu’il s’agit en fait d’une "collaboration" ou co-écriture « post-mortem » entre Gertrude Stein, une écrivain américaine décédée en 1946, et Atak, un jeune illustrateur berlinois déjà connu du monde de la Bande-dessinée  (Atak a notamment publié « Alice embrasse la lune »chez Amok en 2000). A la lumière de ces informations scrupuleusement distillées par l'éditeur on surprend enfin le jeux consciencieux d'illusionniste auquel se livre Atak...

Gertrude Stein, américaine d’origine juive, s'installe à Paris en 1903. Ecrivain et collectionneuse d’art moderne, on retient d'elle l'invention du qualificatif « lost Generation » qualExtrait4ifiant la génération d'Hemingway bien sur, mais également ses recherches littéraires formelles accompagnant celles de Braque et de Picasso en peinture, à tel point que son style littéraire, construit autour d’une progression largement répétitive d’instantanés, est qualifié aujourd'hui de "cubisme littéraire". Le style d'Ada est fragmenté, répétitif, et quasi sans ponctuation. Ce récit hermétique, mis en lumière par les illustrations d'Atak nous raconte au passé simple le destin de deux femmes qui arrivent, aprés de longues années à s'émanciper de leur prison familiale. La mort des parents libératrice, crée la bréche dans laquelle ces deux femmes vont s'engoufrer pour enfin vivre leur homosexualité.
La personnalité du dessin d'Atak, à la fois expressionniste, pointilliste et proche de l'art brut apporte à Ada une raisonnance trés germanique. Le dialogue qu'il institue entre le lettrage et les dessins est capital pour nous rendre lisible ce texte à la limite de l'incompréhensible. Loué, donc, soit le Fremok et ses oeuvres...


Posté par Julien F à 21:19 - sleazy art & alternatif - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 janvier 2008

Muerto Kid

muerto_kidEditeur: Les Requins Marteaux (dépot légal 1° trimestre 2006)
Collection : Ferraille (46 pages en couleurs)
Auteurs: Felder & Witko
ISBN: 2-84961-040-2
Langue : français

Tout seul à la maison, Muerto kid s'ennuie ferme! Pour tuer le temps, il revet en cachette la robe de sa mère la Mort pour faire la peur de sa vie à son meilleur ami :Encephalo junior! Alors qu'il s'apprête devant le miroir, sa mère qui passe justement par là, le surprend en pleine séance d'essayage. Effrayée par cet acte contre nature (son petit garçon mettant une robe de femme), elle l'envoie illico consulter un spécialiste. Le lendemain, le psychiatre est coriace, il ne veut pas croire à une blague et la séance s'éternise. Pour le sortir de ce mauvais pas, son ami Encephalo junior lui conseille de simuler alors un état post traumatique du à la disparition de son père. La stratégie s'avère payante! Le psy soulagé libère immédiExtrait_1atement Muerto Kid, qui plus est, avec un boite de Prozac, à la demande du petit garçon. D'un autre coté, l'ennuyeux, c'est qu'Encephalo junior à lui, vraiment du mal à se remettre de la disparition de son père qui vient de décéder! Pour lui "renvoyer la balle", Muerto Kid s'emploie à redonner vie au père d'Encephalo junior. L'expérience fonctionne et celui-ci revient sous la forme d'un zombie. Comme il fallait s'y attendre, les retrouvailles sont violentes. Son père se jette sur Encephalo pour lui arracher la cervelle. Suceptible, Encephalo réagit trés mal d'autant qu'il ne reconnait plus ce père qui était végétarien. Pragmatique, il l'abat donc d'un coup de révolver. Muerto Kid revient alors pour déclarer finement :" et bien on dirait que tu as résolu ton problème d'oedipe." Sur ceExtrait_3s bonnes paroles nos deux amis s'esclafent et décident d'aller ensemble s'envoyer une caisse de Milky-way...

Ceci n'est que la première aventure d'une bande-dessinée qui regroupe 14 petits scénarios parus précédemment dans la revue "Ferraille illustré" et que l'on trouve recompilés sur 46 pages, pour notre plus grand bonheur.

Dans cet univers délirant scénarisé par Felder et dessiné par Witko on évolue en compagnie d'un petit garçon au physique de squelette: Muerto kid, le fils de la Mort!  Comme tout héros de BD qui se respecte, il possède un ami bout en train:  Ancephalo junior "dont la capacité cérébrale est si développée qu'elle lui permet d'accéder à l'au dela". L'un est mort, l'autre vivant. Peu importe, ils se rencontrent grace à la concentration de l'hydrocéphale Encephalo... Les histoires de "Muerto kid"  se déroulent donc à la fois dans le monde des vivants, dans l'au dela, et parfois même entExtrait_2re les deux,dans les lymbes...

Dans "Muerto Kid naissace d'une nation" nos deux compères, totalement désoeuvrés, s'occupent comme  ils peuvent dans le désert en écrasant des fourmis rouges par centaines. Devant l'impossibilité de les tuer toutes, ils décident de se rendre dans la vallée des gros vers pour... les chevaucher (cela nous rappelle un bien mauvais film). Mais les vers n'avancent pas et ils ne font que péter! Qu'a cela ne tienne, Muerto et Encephalo prennent ces vers péteurs et à l'aide d'un briquet en font des lances flammes pour bruler les fourmis rouges. A force d'appuyer le gaz se tarit et finalement les vers leurs chient à la figure. Encephalo s'exclame joyeusement : " du pétrole on est riche"...

Tout un programme de joyeusetés se situant donc beaucoup plus prés de Pif-gadget que de l'Académie française. L'ensemble est rythmé par des références sexuelles archi basiques (nos deux héros sont adolescents et découvrent la vie), scatologiques (on vient de la voir mais ce n'est rien par rapport au reste), morbides, ect...  Aidé par la couleur, le dessin est trés vivant, voir carrément jouissif. Dans ces pages saturées d'animation, les personnages ont des attitudes Extrait_4et des mines qui sentent bon la frénésie et la schyzophrénie. Ce qui rend "Muerto kid" graphiquement aussi plaisant c'est bien évidemment la virtuosité de l'auteur qui s'amuse à passer d'un style à l'autre comme s'il plagiait tel auteur ou tel style. A la lecture de l'ensemble on se rend parfaitement compte qu'il existe bien un style "Witko" trés travaillé qui ne fait que simuler le trash. Question: aurons nous droit à une compilation des aventures du professeur Furia?


Posté par Julien F à 16:40 - pourriture & zombies - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 janvier 2008

La force des choses

Editeur: Atrabile (10 septembre 2007) 70 pagescover
Auteur: Graham Annable
Langue: français
ISBN-10: 2940329508
ISBN-13: 978-2940325502

Les dernières feuilles tombent. Mais sous l'arbre, Thom ne balaye pas. Depuis une heure, il  s'applique à détordre les branches du balais à gazon. Sharon ouvre la porte, et leur petit chien noir, Byllie Joel, se précipite à l'extérieur comme une bombe... En embuscade derrière la palissade de bois qui sépare les deux villas, Madame Anders, leur vieille voisine n'attendait que ça pour interpeller Thom et le menacer d'un procés, si jamais leur "dangereux" chien agressait une fois de plus son "bébé d'amour", un vieux wombat de 15 ans bouffé par l'arthrite...

Scène suivante: Thom regarde un documentaire TV sur la lorsque Sharon vient s'installer à coté de lui sur le canapé. Thom n'est pas fuyant, mais il ne cherche pas le contact non plus. En fait Thom ne se sent concerné par rien. Sharon évoque sa possible mutation dans une ville plus grande ou il pourrait, lui aussi, trouver du travail. Mais en guise de réponse Thom lui fait mollement comprendre qu'il préfère plutot rester là ou ils sont, tout simplement, parce Extrait_2qu'il a déjà un peu de mal de s'habituer au fait de vivre en couple. Thom est bien là ou il est. Il n'a pas envie qu'on le bouscule...
Pour fuir Sharon, Thom trouve le prétexte d'aller ouvrir au chien avant d'aller se coucher. Mais surprise! Billye Joel, passe la porte avec dans la gueule : Cheevers, le Wombat de madame Anders, qui est raide mort... Consternation, panique! Etrangement le vieux chien mort n'a aucune trace de blessure, il est juste sale. Thom réagit : il le lave, le séche, le peigne, puis en cachette il sort dans le jardin de Madame Anders et dépose Cheevers, tout propre, dans sa cage. Le meurtre est effacé.

Dans le lit, Sharon relance le sujet que Thom veut à tout prix éviter : quand va-t-il se remettre à chercher un emploi? Rien n'y fait, Thom n'est vraiment décidé à rien, même lorsque Sharon lextrait_3ache un "tu ne te bouges jamais que sous la contrainte"... Le lendemain Sharon est partie travailler depuis longtemps quand Thom émerge. Petit à petit il prend pourtant la décision d'aller consulter les offres d'emploi et sort, remarquant au passage que la maison de madame Anders est à vendre! Aprés maintes hésitations Thom téléphone enfin à une annonce et...miracle, il est embauché. De retour, madame Anders en plein déménagement. Traumatisée, elle quitte le quartier, persuadée qu'elle a assassiné Cheevers en l'enterrent vivant, puisqu'elle l'a retrouvé dans sa cage, mort d'épuisement aprés s'être extrait lui-même de son tombeau. Billye Joel n'avait donc déterré qu'un cadavre... Quand Thom entre pour annoncer la bonne nouvelle, en guise d'accueil il ne trouve qu'un mot sur la table. Le monde s'écroule brutalement, Sharon est partie avec le chien...

"La force des choses" est double. Extrait_5C'est un récit extrèmement comique que sert un dessin minimaliste percutant et trés expressif doublée d'une intrigue vaudevillesque qui crée un comique de situation : La chute est d'autant plus comique quand on réalise la stratégie que Thom à du employer face à la menace d'un procés.

En revanche " La force des choses" révèle un aspect trés sombre quand Thom se fait plaquer par Sharon, car aprés ces péripéties comiques, la chute est brutale. subitement, le rideau se lève sur une précarité et une solitude des plus noires... Les sentiments de perte et d'effondrement  de Thom sont extrèmement bien rendus par le dessin,  notamment dans les cases  ou evidemment il souffre, le pauvre, à s'endormir tout seul dans leur grand lit. Lentement dans le jardin silencieux sa conscience s'éveille. finalement il décide de partir à la recherche de Sharon, mais n'est-ce pas un peu tard?

 


 

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12 janvier 2008

La Vie est belle malgré tout

Editeur: Les Humanoïdes associés (janvier 1998)Couverture
Collection: Tohu Bohu
Auteur : Seth
ISBN-10: 273161305X
ISBN-13:
978-273161305

C'est l'hiver. Un jeune homme au look retro Extrait_1trés soigné arpente les rues d'une ville nord américaine. Sa silhouette dénote dans le paysage. Du genre solitaire, il est à la recherche de magazines ou de comics anciens, et, en pleine action, on le voit fureter chez un bouquiniste. Les textes qui accompagnent les premières pages du récit nous livrent ses différentes réflexions sur la bande dessinée. De passage en week-end chez sa mère, il reprend rapidement le train pour rejoindre Toronto. Peu aprés, on le voit évoluer en compagnie son unique ami: Chet, mais l'objet de la conversation lui ne s'est pas déplacé pour autant: il s'agit du résultat de ses investigations à la recherche d'illustrés ou de comics rares. Notre narrateur est en effet un collectionneur passionné dont l'obsession permanente est de dénicher les travaux d'illustrateurs disparus ayant été publiés dans le New-york times... Il s'intéresse particulièrement à un certains Kalo, un illustrateur méconnu Extrait_2dont le style captive toute son attention. La recherche de ses dessins ainsi que la compréhension de sa carrière vont constituer le fil conducteur du récit, menant notre narrateur d'espoirs en déceptions à travers tout l'Ontario et ce, pendant plusieurs années...


Récit autobiographique découpé en six parties et regroupant les comics 4 à 9 de la série "Palooka ville","La vie est Belle malgré tout" est un récit introspectif dont les sujets sont multiples. C'est d'une part le regard d'un homme sur le monde en évolution, accompagné d'un ensemble de réflexions sur la destinée persExtrait_3onnelle et plaçant au centre la question des choix individuels. C'est également le regard de cet homme sur la bande dessinée et les rapports de ce monde virtuel et fantasmé sur sa propre vie. C'est aussi une ballade contemplative dans l'Ontario en hiver mais également, " la vie est belle malgrés tout" est l'histoire d'une quête personnelle et d'un travail de recherche de longue halène sur la carrière et les dessins d'un illustrateur canadien méconnu des années 40 :  Jack Kalloway, alias Kalo.
Ce qui est intéressant et particulièrement appréciable c'est d'une part, la lenteur de l'action qui procure au récit un aspect paisible propre à la réflexion (ce n'est d'ailleurs presque qu'une suite de réflexions), mais c'est aussi l'alternance entre les passages ou le narrateur agit, parle, et de longs moments d'introspections ou il nous fait part de ses réflexions personnelles sur le dessin. Ce personnage-narrateur n'a de cesse de mettre en parallèle sa vie réelle et des passages de bandes dessinées qu'il a lu comme s'il était constamment en équilibre entre la réalité et la fiction.
Par ailleurs "la vie est belle malgré tout" est le portrait psychologique d'un collectionneur. Le narrateur recherche dans les vieux illustrés de journaux des morceaux disparus de son enfance : page 42:" des personnages de mon enfance forment une véritable Sainte trinité...ce sont mes parents qui m'on fait connaître ces strips...je ne me suis pas débarrassé de  mes sentiments mélancoliques envers mes parents"... Constamment en recherche de passé, cet homme refuse de s'investir dans le présent. Il délaisse même volontairement sa vie amoureuse pour partir à la recherche d'un illustrateur méconnu et disparu dont on réalise qu'il aurait tout aussi bien pu s'agir de lui même.

Dessin:
l'esthétique du dessins précis et minimaliste jusqu'aux couleurs entre en parfaite adéquation avec le ton de l'histoire. Ce "récit graphique" se caractérise M_ditationégalement par de nombreuses perpectives citadines. Des pages entières sont utilisées à représenter des  rues, des  immeubles, des tours ou bien encore des paysages hivernaux de l'Ontario. On sent que l'auteur retire une certaine jubilation à representer dans le présent, des paysages urbains non objectifs trés marqués par l'esthétique des années 1940. Seth nous dit volontairement que son regard est issu d'une époque révolue, c'est sa façon de distordre la réalité face à l'angoisse du changement : la modernité est bannie.

Solitude, enfance et passé: Le narrateur est souvent seul, mais ne semble jamais écrasé par son environnement. La solitude  ici n'est pas veccu comme un fardeau, bien au contraire. "Je suis obsédé par mon passé jusqu'à la comlaisance. Je scrute mon enfance, ruminant mes souvenirs, selectionnant les moments les plus magiques, comme si j'allais y trouver des solutions miracles à mes problèmes actuels" Seth aborde des problèmes d'ordre psychanalytique par le biai des personnages et énumère les questions: du sens du passé dans le présent, de la part du déterminisme dans l'existence, et pose également la question sur les choix personnels :" On sait bien qu'on aurait pu prendre un autre chemin par le passé, et changer sa vie. Mais cela aurait exigé un terrible effort de volonté. On ressent tout le poids  de l'irréversibilité de la vie, cette sensation témoigne peut-être de l'existence du destin..." A la fin, on apprend que Kalo aprés avoir arrété le dessin, frustré semble-t-il, est devenu business-man...

Posté par Julien F à 23:26 - lectures "indépendantes" - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 janvier 2008

Fraise et Chocolat

Editeur : Les impressions nouvelle - Paris -Bruxelles 2006Cover_Fraise_et_chocolat
Auteur: Aurélia Aurita
Genre : Récit érotique et humoristique; 144 pages
ISBN-10:
2874490091
ISBN-13:
978-2874490095

Fraise et Chocolat commence dans un avion qui survole le Japon en provenance de Paris. L'auteur met en scène une jeune femme, Chenda, en train de croquer ses premiers petits bouts de Japon aperçus par le hublot : un terrain de golf dont les greens prennent les formes d'un vagin et d'un phallus... Le ton de fraise et chocolat est donné et nous est livré comme un carnet de voyage intime. Chenda prend brièvement le temps de nous expliquer sa rencontre avec Frederic, un français expatrié à Tokyo de 20 ans de plus qu'elle. Le couple vient de se reformer aprés quatre mois d'absence et une relation épistolaire "enflammée. Assise à coté de Frédéric, Chenda se rend compte avec surprise qu'elle Extrait_5"inonde" le métro de Tokyo...Les pages qui suivent ne sont qu'étreintes torrides liées aux retrouvailles des deux amants : de la page 14 à 20 on à droit à un florilège de rapports bucaux, puis la frénésie sexuelle se rompt soudainement dans le feu de l'action lorsque Chanda lache un bruyant et pathétique "je t'aime". S'ensuit une conversation de bistrot ou les deux amants exposent devant un verre ce que chacun attend de sa vie sentimentale (et non pas ce qu'il attend de l'autre). Cet interlude passé, l'action reprend son cour brutal puisqu'a la page 34 on assiste à "l'initiation" anale de Chenda. Il faut dire qu'au fil du récit, comme une obsession, cet acte sexuel en particulier prend une telle importance qu'il est décliné en nombreuses et diverses variations : l'amour anal devant un miroir; comment de déplacer avec un gode enfoncé dans le cul sans qu'il sorte, ect... Chaque nouvelle péripétie sexuelle faisant l'objet d'un petit chapitre au titre évocateur: "la chenille", "l'apparition", "tchao vagin" suivi du "le bonheur"... L'acmé érotique et humoristique de la BD étant sans doute la parenthée esthétique établie de manière quasi mystique entre le clitoris de Chenda et le Mont Fuji eneigé "révélée" lors d'un jeu érotique avec de la chantilly. Les deux amants en pleurent de joie...L'histoire se termine enfin, par ce discours de Frederic : " Toi tu sens toujours bon comme une japonaise mais tu te laisses enculer comme une française"...

Sorte de récit érotico-initiatique autobiographique et humoristique, Fraise et Chocolat focallise sur le sexe et en fait l'axe unique d'une relation. Le lecteur est placé d'emblé dans l'intimité du couple. Dés le début, la préoccupation de Chenda est de savoir à quoi ressemble de sexe de son partenaire avant de lui faire une fellation. A ce titre les dessins ou elle se représenteExtrait_4 à genou à hauteur du jean's de Frederic en train de se demander si son sexe va ressembler à un dinausore ou à un éléphant sont assez amusants. Les dessins trés minimalistes est trés expressifs sont trés efficaces. Les mises en scènes sont un bon révélateur du narcissisme de la relation puisqu 'on ne part jamais à la découverte de quelqu'un mais à la découverte d'un sexe en érection ou d'un vagin assimilé à de la nourriture.
Ce que va nous raconter Chenda dans ce récit n'est quasiment que la manière technique dont elle s'est faite "baiser". En somme nous assistons tout le long à un dialogue d'organes sexuels, la bite de Fredéric et le cul ou le vagin de Chenda étant devenus les personnages centraux, ceux qui pensent et font l'histoire... Ce qu'on à à voir n'est même plus un point de vue subjectif mais déborde sur affichage quasi cinématographique d'une relation,sur ce qu'on pourrait appeler un roman graphique porno.
Le grandmoment culturel de la BD est l'allusion mystique au Mont Fuji, pour le reste les questions sont assez banales: "Suis-je une exclave sexuelle?" "Vais-je me réveiller un matin avec un étranger à coté de moi?" Heureusement finalement on à pas droit à : "Suis-je une nymphomane?"

 

Posté par Julien F à 20:36 - lectures "indépendantes" - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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